Compte-rendu du concert du 15 décembre 2002.

de la plume si caractéristique de mon ami DD ...
nb : ce compte-rendu et ces photos se trouvent aussi sur l'excellent site http://www.classic-rock.be/
Une visite là-bas s'impose !

UN SOMMET !
Le dimanche 15 décembre 2002, par Didier Dirix

Inusable et inoxydable, le quartet british le plus vivace et le plus aérien a fait sa cinquième apparition depuis 1997 au Spirit Of 66. Un événement qu'il ne fallait louper à aucun prix (même celui des excès de vitesse).

DANS LA SERIE : « LES GRANDS DUELS DE LA GRATTE » : WISHBONE ASH/SPIRIT OF 66/11 DECEMBRE 2002.

Après avoir transpiré de saines gouttes de sueur pour vous torcher une bio digne de ce nom, il ne me restait plus qu'à passer à l'action : revoir Wishbone Ash version 2002.
Malgré les contraintes quotidiennes et les sautes d'humeur d'agenda, au prix de quelques infractions routières inqualifiables, j'ai pu rallier le Temple du Rock Lainier (et mondial d'ailleurs, oui, oui…) à l'entame d'un concert « classique parmi les classiques ».
C'est d'ailleurs pour cela que Laurent le rédac' chef du website « classic-rock.be » était là aussi. On avait prévu de vous parler ensemble de ce concert prometteur. Andy Powell très sautillant et d'humeur joviale dirigeait bien entendu la manœuvre. Etonnant de constater à quel point il a pris de l'ascendant sur « son » band, le gaillard.

Mais, je voudrais d'abord laisser la parole à Laurent Rieppi qui dans sa vision d'ensemble résume très bien ce show chaud (amusant à prononcer, non ?).

J'avoue ne pas avoir été très au courant de la carrière de Wishbone Ash avant ce concert. J'ai découvert ce groupe il y a peu de temps sur les conseils d'un ami qui m'a proposé d'assister à ce concert. Comme je le savais de très bon conseil, je me suis rendu à ce concert et je n'ai vraiment pas été déçu. Il me restait donc encore quelques failles dans l'histoire du Classic Rock, j'étais là pour les combler.

L'article que Didier avait publié sur le site avant le concert m'avait permis de mieux resituer le groupe dans le temps et d'éclaircir de cette façon certaines choses qui n'étaient pas très claires dans mon esprit en ce qui concerne les différents changements de line-up (merci à lui pour cet article très intéressant).

Certes, il ne restait qu'Andy Powell des différentes formations d'origine, mais quel punch et quelle énergie ! D'autant que ce dernier a trouvé d'excellents musiciens pour s'entourer. Aussi bien le guitariste qui l'accompagnait (pour de magnifiques duos de guitare), que le bassiste et le batteur étaient impeccables, rien à dire, du très grand rock !

Le jeu était tellement professionnel que le début du concert me semblait trop "pro" (même si ça peut sembler bizarre), en tout cas trop bien "mis en place", comme si la technique était mise plus en avant que le feeling musical. Cette impression s'est effacée au fur et à mesure et, après 30 minutes, j'étais sous le charme de la musique de Wishbone Ash.

On se faisait une certaine réflexion avec des amis sur place, les membres de Wishbone Ash n'ont vraiment rien à envier à Deep Purple ou à certains groupes de hard rock des 70's qui se produisent devant plus de 10.000 personnes dans des salles comme Forest National (même si Wishbone le faisait à la grande époque). Wishbone Ash, c'est tout simplement impressionnant ! Vivement un prochain passage au Spirit Of 66, si vous voulez entendre de la qualité, n'hésitez pas à vous y rendre lors du prochain passage.

Merci également à Claire Burléon qui a pris des photos pour Classic-Rock.be, lors de ce magnifique show.

Keep On Rockin'

Laurent.

Il voit clair notre ami, (merci mon pote).
Bien, pour ceux que cela intéresse, voici la play-list du concert recomposée par votre serviteur sur base du brouillon sauvé de la destruction par un lightman efficace :
Bona Fide (Bona Fide) 2002
Mountainside (Illuminations) 1996
You See Red (No Smoke Without Fire) 1978
Ancient Remedy (Bona Fide) 2002
The King Will Come (Argus) 1972
Throw Down The Sword (Argus) 1972
Faith, Hope And Love (Bona Fide) 2002
Sometime World (Argus) 1972
Enigma (Bona Fide) 2002
Almighty Blues (Bona Fide) 2002
Livin Proof (Just Testing) 1980
Hard Times (Strange Affair) 1991
Phoenix (Wishbone Ash) 1970
Encore :
Ballad Of The Beacon (Wishbone 4) 1973
Blowin Free (Argus) 1972

On remarquera que le dernier album a la primeur (5 titres) et c'est normal, il est irréprochable. « Argus », quant à lui, reste le disque fétiche par excellence (4 titres). Petit regret pour le premier album éponyme dont on n'entendra ce soir que le colossal « Phoenix ». Le reste est extrait de manière un peu disséminée de 1973, 1978, 1980, 1991 et 1996. Je vais, avec prudence, émettre un léger bémol. Lors du premier passage de 1997 (avec Birch et Sturgis) j'ai trouvé le ton et le son quand même un cran au-dessus… (non ! pas sur la tête, pas sur la tête, siouplé !). mais je n'ai rien dit, faites comme si j'étais pas là.

Le démarrage très diversifié permet de mesurer d'entrée de jeu l'étendue du registre de ce combo dont on ne se lassera jamais. C'est tellement fluide, aérien et en même temps construit sur une mélodie si sûre, très limpide et incontestablement brillante. Les détracteurs du groupe diront que la tonalité générale des morceaux a ses limites et que certaines inflexions sont prévisibles. Effectivement, c'est un reproche possible. Mais qui est parfait, dites-moi ? Et puis quand on aime on ne compte pas, voilà ! ! !

« Ancient Remedy » et ses accents celtiques est un pur chef d'œuvre (c'est le titre qui m'a le plus frappé dans ce show). La maîtrise de Ben Granfelt y est admirable. Je ne sais pas ce qu'il utilise comme pédale mais il nous sort un de ces sons de cordes planantes sidéral et sidérant. Ce titre, à lui seul, justifie l'achat du dernier album.

Agitation maximale dans la salle pour « The King Will Come » suivi immédiatement d'une autre reprise de Argus (1972) : « Throw Down The Sword ». La très longue intro juteuse du premier extrait d'Argus combinée aux vocals chauds et sobres donne(nt) à ce titre un relief incontestable et une allure réjouissante malgré le son scratch de la basse (je ne sais pas si c'est volontaire, je n'ai pas osé le demander à Francis parce que dans ces cas-là, il est aussi avenant que le grizzly que tu réveilles entre novembre et mars ! ?). Cela dit en passant, Bob Skeat est un vrai pilier. Il assortit son jeu d'une force convaincante et connaît le turbin sur le bout des doigts (c'est vraiment le cas de le dire).

La mélodie du second est majestueuse (je parie que Darren Wharton écoute ce morceau en boucle, chez lui). Démarrage posé, très ferme et saccadé. Emballant et presque hypnotique.
La fin sur l'inévitable duel de guitares t'arrache les tripes. Le public ne s'y trompe pas qui fait un véritable triomphe d'applaudissements pour ces deux chansons de légende.

Retour au tout nouvel album. Ceux qui dout(er)aient de la légitimité wishbonienne du band en s(er)ont pour leurs frais. On est réellement au niveau d'excellence par rapport à la marque de fabrique du groupe.
« Faith » emballe instantanément par son entame décapante aux longs soli croisés, c'est lent et chaloupé mais cela reste intensément musclé. Je suis amusé par le regard de Ben Granfelt posé studieusement sur la guitare d'Andy Powell et cette sorte de joute permanente qu'ils se livrent à coups de clins d'œil complices. Andy Powell se permet quelques actes techniques époustouflants pour montrer qu'il reste le boss. Il parvient à rattraper le solo après un break volontaire et apparemment détaché, au millième de seconde dans la note précise de son camarade de jeu qui, lui, a continué à son rythme. C'est du grand art, vraiment.

Que dire du « Sometime World » d'Argus ? Les chorus sont beaux, tout simplement beaux ! Au départ lents et prenants, ils deviennent savoureux et grandioses dans un registre CSNY qui auraient croisé America et son cheval sans nom. Et que dire des deux passages « solo »… grandioses vraiment !

Nouvelle incursion dans l'album 2002 avec « Enigma » qui porte bien son nom (Love is an enigma) tout en finesse et en émotion. On pense inévitablement à une histoire autobiographique peut-être douloureuse que le « Almighty Blues » du même album va venir faire oublier instantanément tant la vigueur, le fun et la force communicative de ce morceau ont de quoi régénérer les sens et provoquer l'emballement général. C'est énorme ! On ne peut déjà pas louper cette entrée en matière sur le disque mais sur scène, cela dépasse l'entendement !

« Living proof » et sa rythmique irrésistible (très relevée, comme je l'aime ) ajoutent encore une couche de baston irréprochable. On est quasiment soulevés de trois centimètres au-dessus du sol. Je note le jeu de basse impressionnant et les réparties cinglantes de la deuxième lead.

« Hard Times » va donner l'occasion au band de mettre toute la gomme (si ce n'était déjà fait) dans un registre très rythm and blues adorable, couronné par un solo de batterie extraordinaire du Scottish Man Ray Weston ! Le délire… Petit clin d'oeil savoureux sur l'intro « Smoke on the water » tout y est : la puissance (logique pour le titre), les changements de cap, l'illumination sonore générale et .. géniale. La cohésion est maximale, toute proche de la perfection. C'est le moment que choisit Andy Powell, juste avant les rappels, pour placer « Phoenix ».

« LE » coup fatal (de bonheur intense et inimaginable). « LE » paroxysme de l'extase après tout ce qu'on vient déjà de vivre. Cette pièce maîtresse (qui vaut tous les « Free Bird » du monde) composée en 1970 est évidemment le titre emblématique du groupe. Le long crescendo d'intro un peu « floydien » ne doit rien à personne et la finesse avec laquelle Andy Powell l'aborde ce soir montre à quel point ce titre n'a pas vieilli d'un millième de micron. Inutile de dire qu'à la première percée de lead ce fut la folie dans la salle et que cela n'a pas faibli une seconde pendant les vingt minutes qui ont suivi. Impossible d'expliquer à quel point de grandeur nous nous situions sur l'échelle de la culminance rock and rollienne (osée la phrase, hein ?). Et ces rythmiques plaquées contre les caisses de guitare qui me rendent fou… tout y était, tout y fut et nous avec ! C'est cela l'important. Nous en fûmes. Qu'on se le dise et qu'ils reviennent bien vite. Pas une miette de Phoenix ne fut abandonnée à la facilité, jusqu'au bout la saveur des entrelacs et la structure du morceau furent jouissives. Quelle belle page d'éternité ils nous ont servie les p'tits gars : fabuleux moment d'ivresse réparatrice qui prouve encore et toujours à quel point le rock and roll a du sens et, en tout cas, un punch salvateur. Là, j'étais vraiment ébahi, scié, baba, incrédule et KO pour le compte.

Pourtant il restait deux rappels de fin du monde qui allaient encore accroître le sentiment de vivre un événement hors du commun. La « Ballad of the Beacon » d'abord, tirée du « Wishbone Four » plus musclée que d'habitude et contenant quelques ondes folkeuses et un phrasé qu'on peut lire à double sens. Puis un certain « Blowin Free », gagné de haute lutte par le public après des applaudissements sans fin. Ce genre de chanson est réellement emballante par les chorus très soft, des contrepoints guitaristiques irrésistibles et un sens académique des variations de rythme renversantes.

Le doigté inoxydable d'Andy Powell fait merveille et Ben Granfelt lui rend un sens de la détermination et de l'à-propos impressionnant pendant que la paire rythmique répand ses beats colossaux et irréprochables dans le final. Ces gars-là, même avec une seule main, vous en mettraient plein la vue. Pas à dire c'est GEANT !

DD

Photos : Claire Burléon

 

 

J'ai pu échanger quelques propos délicieux (comme toujours) avec Super-Piero, l'homme de Namur et vu avec plaisir quelques militants du prog : Alain B.et Pierre L. Mais revu aussi Michel A. Comme quoi, on ne perd jamais son temps au Spirit ! ! !
Merci à Eric pour la set list (et dire que je ne lui ai même pas payé un verre, c'est rien, je lui en offrirai deux la fois prochaine…).