Compte-rendu du concert du 2 mai  2003

De lourds accords de strings mellotronnés illuminent la chape de silence venant d’étouffer le Spirit. Il est trop facile de penser à Watcher of the Skies, mais si cette petite intro servait à nous faire savoir que cette soirée allait être placée sous le signe de l’hommage au premier Genesis, c’était évidemment réussi.

Cependant, je voudrais dès maintenant relever ce point qui me semble important : combien de groupes n’avons-nous pas déjà vu, au Spirit ou ailleurs, utiliser de vieilles reprises archi-connues pour permettre au public d’atteindre un seuil d’excitation que leur propre musique n’arrive pas à générer ? combien n’utilisent pas ce stratagème souvent décousu pour combler ce qui pourrait apparaître comme une lacune personnelle ?

Peut-être, et même sans doute suis-je partial quand je m’exprime sur « The Watch », mais j’ai seulement ressenti ici dans les reprises de Genesis qu’ils avaient choisi de nous jouer ce soir, le seul désir d’exprimer une filiation, voire une continuité. Leurs propres morceaux « Ghost » ou « Heroes » ont reçu autant d’ovations que « Carpet crawlers » ou « Dancing .. », et ce n’est pas peu dire. Voilà, je voulais l’écrire, c’est fait !

J’ai beau me creuser, je ne connais pas ce qu’ils sont en train de jouer ; c’est une nouvelle compo, au rythme magistralement saccadé comme souvent chez The Watch. Le chanteur Simone Rossetti n’est pas encore apparu. Au fond de la scène se dresse une sorte de tenture noire, pareille à celles qu’utilisent les marionnettistes pour s’y dissimuler sous leurs poupées. C’est de là que monte l’image intrigante d’un homme vêtu de noir, au masque obscur, ailé et scintillant ; le rideau se faisant alors tribune pour un chanteur sortant des ténèbres.

Cette nouvelle pièce, et le mot est ici bien à-propos puisque chaque morceau est à lui seul une pièce de théâtre, se nomme « Guardian », et fera partie du prochain album, évidemment.

Ayant laissé tomber le masque pour faire apparaître ses habituels grimages blanc/bleu, Simone nous accueille amicalement avant de lancer « Heroes », dont je suis presque déçu qu’ils le fassent aussi tôt dans le concert. Ce morceau est pour moi un des plus sublimes que j’aie entendu ces dernières années, et son interprétation scénique ne lui enlève rien. Tout au plus sa puissance émotionnelle aurait-elle encore été mieux ressentie plus tard dans le concert. Mais bon, il faut bien commencer avec quelque chose … !

A propos d’ émotion, je suis arrivé tout à l’heure pas très tôt, en compagnie de mes amis Denis-le-Chef et Olivier-Ice-Cube, et j’ai franchi le seuil du Spirit en compagnie de nos amis musiciens, qui sans doute rentraient d’une escapade en ville avant de rentrer backstage se mettre en condition. Et c’est toujours un vrai et inestimable plaisir de se faire appeler par son prénom, même et surtout prononcé à l’italienne, par des musiciens que j’admire tant … Un autre plaisir est de constater à quel point le Spirit est rempli de gens qui finissent presque tous par se connaître entre eux, et que malgré tout certains continuent encore à s’abonner à Prog-résiste, au petit stand que nous essayons de tenir en pareilles circonstances. Petit stand situé à côté de celui du groupe, tenu de maîtresse façon par deux ravissantes petites italiennes, dont Francis me disait à juste titre « z’ auriez ça à votre stand, feriez plus d’abonnés !! ». L’une des deux aperçoit la photo de Simone Rossetti que j’avais emporté pour la faire signer, et me crie gentiment « hé, nice picture, he is MY husband, you know » ! Ah bon, me dis-je, il n’y a donc pas que dans la musique où Simone a des goûts de qualité !! ;-))

Soit dit en passant, ces charmantes transalpines vendaient les CDs du groupe au prix de 10 euros !! hé oui, il y a des leçons à prendre en Italie, pas vrai ? et des T-shirts à 5 euros, comme je vous le dis.

Bon, revenons-en au concert, pour « Fisherman », un des tubes du premier album, qui se termine inlassablement par cette image de Simone ramant dans l’air avec sa flûte, comme le ferait un gondolier de sa canne … sans attendre les applaudissements, s’élèvent des claviers de Gabriele Manzini ces fameux et tellement reconnaissables doubles arpèges : c’est « The lamb lies down on Broadway ». Première occasion pour le public de se faire entendre autrement qu’en applaudissant.

Suivent « DNAlien » et « The ghost and the Teenager », deux morceaux du dernier album. Nous sommes véritablement sous le charme, comme illuminés, hypnotisés. Une preuve ? la musique de The Watch est faite –aussi- de passages très calmes : dans ces moments-là, pas un bruit, pas un chuchotement de la salle ne vient troubler la concentration ; pareil à la fin des morceaux, il faut parfois attendre 2 secondes de silence après la dernière note pour laisser entendre applaudissements, hurlements et vociférations de joie, qui durent bien plus longtemps qu’à l’accoutumée.

Le premier set se termine en chorale avec « Carpet Crawlers », interprété comme sur le disque initial de Genesis avec une belle montée en puissance, au contraire des versions « ballades » un peu plates et aseptisées que nous servent parfois certains tribute-bands.

Notre réaction est unanime : le groupe est plus fort que jamais. Cherchant longtemps un line-up stable, et même un nom ( !), The Watch est resté inchangé depuis 1 an et demi. Inévitablement, cela se ressent dans la cohésion, dans la fluidité de l’ensemble.

Francis profite de la pause pour rappeler à tout le monde, musique à l’appui, l’existence de notre future convention d’octobre, et que les places sont maintenant en vente. J’en profite, moi, pour vous rappeler ici qu’il n’y en aura que 300, pas une de plus, et que les ventes ont très bien démarré … un homme averti en vaut deux (achetez donc 2 places ! ;-)

C’est cette fois Francis qui officie à la console, et pour autant que mes souvenirs ne me trompent pas, il me semble que claviers et voix sont mieux traités que la dernière fois ; ce qui positionne tous les instruments à même hauteur, chose qui sied au parfait rendu de notre chère musique symphonique !! Simone Stucchi, le 6ème membre du groupe crédité comme ingénieur du son, est aujourd’hui positionné aux lampes, et son choix est visiblement d’utiliser majoritairement les lumières blanches crues pour provoquer de violents contrastes noir/blanc. Ceci génère bien évidemment une ambiance très réussie et très particulière, mais rend le travail du photographe plus aléatoire … bah, n’ont qu’à s’adapter, les pixeux ! ;-))

Simone Rossetti remonte sur scène affublé d’un chapeau de verdure, décidément il ne se refuse rien, pour interpréter la deuxième pièce inédite de la soirée, « Pezzo 4 », complexe et audacieuse, qu’ils enchaînent avec la finale de Supper’s Ready, aussi sûr que des œufs sont des œufs, ne sais-tu pas que notre amour est véritable ?  Mais si on le sait …

Nouvelle pièce de théâtre avec « Tomorrow happened », mettant en scène les risques nucléaires, et se terminant par l’image effrayante et glaçante d’un homme déformé, joué par un Simone masqué dont le seul souvenir de l’image me donne encore froid dans le dos. Applaudissements plus que soutenus. Je dirais même triomphe.

Je ne vous étonnerai pas en avouant que je suis véritablement sous le charme ; tant par leur prestation collective qu’individuelle. J’ai déjà beaucoup parlé de Simone Rossetti, mais il y aurait tant à dire aussi sur Roberto Leoni, un des batteurs qui a sans doute le mieux pigé Philippe Collin, comme me le disait encore Gilles, et également sur le bassiste Marco Schembri, dont le ramage dépasse de loin le plumage, et qui lui aussi semble revendiquer une filiation évidente avec le jeu magistral du grand Mike, dont il faut quand même se souvenir qu’avant d’avoir été un guitariste très moyen, il fut un de ceux qui donna ses lettres de noblesses à la basse !! N’empêche, n’empêche … mon petit préféré reste Ettore Salati. Il incarne l’image que je me fais d’une certaine Italie, celle du prog. Loin des poseurs et des Ferrari. Beau, élégant, plein de charme et de sensibilité, associant discrétion et performance …. Mais à y bien réfléchir .. Steve Hackett n’avait-il pas un « gros » côté italien ??

Quant au claviériste Gabriele Manzini, lui, c’est la discrétion poussée au rang d’art ; il semble réaliser les machins les plus délicats sans la moindre souffrance, mais sans non plus jamais se départir d’une totale concentration. Tiens pour un peu, s’il jouait assis, il me rappellerait aussi quelqu’un … mais je ne sais plus qui ! ;-))

« Get’em out by Friday », sans doute en hommage à notre Dominique qui vient d’en écrire l’étude harmonique dans notre numéro 32 (hihihi). Très complexe, très théâtral, mais formidablement bien joué. C’est le délire. Après « My ivory soul », The Watch termine en apothéose sur l’enchaînement d’anthologie “Dancing .. / Musical box”. Participation du public évidemment, tant bien que mal, et aussi une énorme dose d’humour de la part de Simone, surtout quand il se moque un brin de nous, essayant de chanter “She’s a lady, she’s mine …”. A mourir de rire. Il nous imitait. « bon, le début, ça va, même si c’est pas les bonnes paroles, mais après ….. « ; « bon, on réessaye », et Ettore rejoue les arpèges de guitare. Et on se replante encore pire, et on rit encore plus !! troisième essai, rigolade, on y arrivera jamais, et ça part pour de bon … superbe ambiance.

Fin du show / rappel / « And the winner is ». Ce soir il n’y a pas eu de perdants. Ah si, peut-être les absents.

Fin de la play-list officielle / rappel / plus rien à jouer / ekwè / salut / ekwèèèèèè / …. Et voici qu’arrive sur scène un inconnu, peut-être bien un brin visité par quelques expériences pharmacologiques nouvelles, qui se la joue à nous demander si on connaît Genesis. Voilà-t-y pas qu’il enfourche la guitare d’ Ettore, bien décidé à nous faire son petit numéro … et juste arrêté par un Francis furibard qui le fait descendre autoritairement et judicieusement le malappris. Rire c’est rire, mais faut pas se foutre du monde, non plus. Ya des limites, quoi !

Bon, où en étions-nous ? Ha oui … rappel / ekwèèè/ plus rien à jouer / ekwèèè quand même / bon un petit bis alors ?     Ouf, on commençait à avoir mal aux mains. Mais cela a valu la peine, puisqu’avant de partir définitivement, ils nous ont rejoué le nouveau morceau avec lequel ils avaient commencé.

Ettore m’invite alors à les rejoindre backstage, pour une sympathique petite photo de famille que je vous livre ici. Et pour quelques projets de reportages dont nous parlerons peut-être bientôt, je l’espère.

Demain, Peter Gabriel sera à Forest National, et beaucoup y seront, pour célébrer ce trop rare rendez-vous avec cet être de légende. Ce soir, c’est plutôt avec sa filiation musicale, que nous avions rendez-vous. Il nous reste l’impatience de voir arriver ce nouvel album …

Piero.