Un bon p'tit compte-rendu signé Olivier Delooz !!

 

C'est la première fois que deux rendez-vous au Spirit sont aussi rapprochés. Et nin des p'tits ! Déjà 2 fois plus de 6 heures d'affilée pour le week-end de la Convention, et rebelote 3 jours plus tard pour la venue de Spock's Beard et consorts. A l'aide de ma petite calculette, j'avais estimé qu'il y en avait au moins pour 4 heures. Les événements de la soirée allaient m'apprendre que j'étais loin du compte.

Histoire n'est pas coutume, c'est accompagné d'un frais minois que je prends la route du Spirit. En tout bien toute honneur et avec l'accord de ma chère et tendre. Vu la notoriété du groupe, j'avais décidé de ne partir trop partir trop tard. Bien m'en prit parce que la route était dégueulasse, et l'incendie d'un camion à Rocourt n'a pas arrangé les choses (c'était dans l'autre sens mais avec ce foutu "tourisme" de catastrophe ...)

Bref, arrivée Place des Martyrs à 19h20. Il y a déjà un petit attroupement devant l'entrée et tout le monde n'a pas pu se mettre à l'abri derrière le volet métallique. Après quelques minutes, je peux reprendre mes marques au pied de la scène avec mes copains saint-omériens. Comme toujours, chaleureuses retrouvailles, bien que cette fois-ci, cela ne fait que trois jours que nous ne sommes plus vus.

 

Je suis donc enfin présent à un concert de Spock's Beard. Trop tard ? Peut-être. Certainement si l'on veut comparer le petit dernier des Vulcains barbus à leurs précédents opus (4ème déclinison) mais comme je dis toujours, comparaison n'est pas raison, et à moi qui n'hésite pas à mettre une peu de hard dans mon prog, il me plaît bien Feel Euphoria ! Donc, pas d'a priori négatif.

 

Sur la scène, c'est un véritable foutoir. Les multiples claviers de Ryo Okumoto occupent un bon tiers à gauche de l'avant-scène tandis que le fond est occupé par deux batteries complètes. Et les claviers de Môssieur Ryo, c'est du sérieux : mini-Moog, Lesley, etc. Il ne manque plus que le mellotron du bon docteur. La droite de la scène est elle aussi murée d'un empilement de claviers. Wat een bordel ! Et entre tout ça, une méduse de fils partant dans tous les sens. Mais où vont-ils mettre Nick, Dave et Allan ?

 

   

 

Pas le temps de se poser d'autres questions. Il est l'heure et le premier groupe monte sur scène. Comme l'annonce Francis, ils sont trois, ils ont des guitares et ils viennent de Californie. Leur nom ? Je vous le donne en mille : California Guitar Trio. Et malgré leur matos pas impressionnants pour deux sous, Paul Richards (Salt Lake City, Utah), Bert Lams (Bruxelles, Belgique) et Hideyo Moriya (Tokyo, Japon) vont complètement nous bluffer pendant une bonne demi-heure, jouant à tour de rôle les lignes de basse (!), les rythmiques, les soli, tous avec la même dextérité. En passant par Watchtower, il me semble, jusqu'à un Heart of the Sunrise (qui a dit "C'est de qui ?") d'une fidélité inimaginable que tout le Spirit reprit en choeur (pas avec la même fidélité ...) Bref, une bonne entrée en matière. La suite eut plus de mal.

 

Tout d'abord il faudrait apprendre à nos "amis" américains qu'une tension de civilisé, c'est 220 V et non 110. Tout ça pour dire que les plombs (tous) du Spirit disjonctèrent plus d'une fois entre les prestations de CGT et d'Enchant. On perdit une bonne demi-heure avant de trouver le coupable : un transfo Yankee. Tout rentre donc dans l'ordre, et les membres d'Enchant rentrent sur scène. Sean Flanegan se glisse non sans difficulté derrière la batterie de gauche, le nouveau claviériste Bill Jenkins fait de même derrière le mur de claviers à droite, et Doug Ott (guitare) et Ted Leonard prenne place en front de scène. Ed Platt, le bassiste, ferme la marche.

 

Comparée aux précédents, la musique d'Enchant est "sensiblement" différente. Finis les arpèges délicats, place à la puissance. Cest le mot qui me vient immédiatement à l'esprit. Mais attention une puissance au service de la mélodie, et c'est pour ça que , même ne connaissant pas grand chose du groupe, le peu qu'ils ont joué a beaucoup plu, même si d'aucuns pourront leur reprocher qu'ils jouent "facile", avec pas beaucoup de recherche. Un gros reproche que je pourrais leur faire, c'est l'absence quasi complète des claviers dans le paysage sonore, comme s'il n'étaient pas là. Et à leur décharge, il faut quand même avouer que jouer entre des virtuoses et des génies, c'est loin d'être chose facile. Chapeau bas donc pour Enchant.

 

 

 

Nouvelle pause. On en profite pour échanger des impressions à chaud (no comment). Ah ? Le mur de claviers à droite nous joue son petit Berlin et disparaît pour laisser un tantinet plus de place aux gratteux. A partir d'ici, vous voudrez bien m'excuser des quelques inexactitudes dans la chronologie des événements mais rapporter un concert quinze jours après qu'il ait eu lieu et sans set list, relève de l'impossible, et donc je n'y suis pas tenu. Les lumières faiblissent et le premier à entrer en scène est Ryooooooooo Okumoto. Le génial bonhomme passera un bon bout de temps à serrer chaleureusement toutes les mains qui se tendent vers lui (en fait, l'index et l'auriculaire, sans doute en référence aux diables cornus qui ornent sa veste noire). Suivent ensuite Chester Thompson (ooooups, l'erreur, à force de comparer), je veux dire, Jimmy Keegan, le batteur qui les accompagne en tournée, Allan Morse, Dave Meros, et enfin Nick D'Virgilio.

 

 

 On entre directement dans le vif du sujet avec "A Guy Named Sid", le morceau homérique qui termine le dernier album. D'emblée, ça joue juste, ça joue efficace, et en front man, le petit Nick (uniquement par la taille, et il n'attend pas sa maman à l'accueil) assure, bien soutenu par les choeurs de ses 4 comparses. De mon coté, j'apporte au sens propre mon aide à Ryo qui emersonise ses claviers (je rigole !). Il tiendra le tempo pendant tout le set. Sacré bonhomme ! En gros, ils joueront tout le dernier album (à part "Carry On"), un solide medley de "Snow" avec notamment "I'm The Guy", "Freakboy" et "The Devil's Got My Throat", plus "Go The Way You Go" (The Light) et Thoughts (V). Et pour le dernier rappel, ils joueront le morceau que j'aurais regretté de ne pas avoir entendu : "The Doorway", avec son atmosphère, qui rappelle à la fois Firth of Fifth et And You And I, et son magnifique passage acoustique où les esprits chagrins (et peut-être rétrogrades) regretteront qu'il n'y a plus que deux guitares sèches. Moi, la seule chose qui me manquera, c'est le cor anglais de Dave Meros.

 

 

Dans l'ensemble, ma première rencontre avec Spock's Beard fera partie de ces concerts à raconter à mes futurs petits-enfants. Je leur dirai qu'il y avait un Japonais (Pearl Harbor est loin, mais loin ...) qui ne cessait de maltraiter ses claviers, qu'il y avait deux petits bonhommes derrière leur batterie qui se dépensaient sans compter (quand l'un ne chantait pas tout ce qu'il avait dans ses tripes et ne jouait pas de la guitare, et que l'autre poussait les gammes sur un autre clavier en face de Ryo), qu'il y avait un bassiste qui avait l'air vraiment content d'être là, et qu'il y avait un guitariste miraud (?) qui avait bien fait de rester quand son illuminé de frangin a quitté le bateau pour d'autres Cieux. Non seulement, ils avaient foutu une ambiance de tonnerre de dieu dans le Spirit, mais en plus, le coeur sur la main, ils distribuèrent une brassée de baguettes à qui voulait (Jean-Luc, j'en ai une !) Je n'avais pas vu le temps passer et emporter les quelques uns qui ne s'étaient pas reconnus dans ce nouveau Spock's Beard. Moi, j'avais pris mon pied et c'est à 1h33 que je tournai la clé dans le contact de ma bagnole. Plus de cinq heures de musique en pleine semaine, ce n'est pas à recommencer trop souvent (et en plus, mon minois m'avait lâché). Pitié, Francis !