Compte-rendu du concert du 14 juin 2003.
La musique progressive mène à tout à condition d’en sortir, serions-nous tenté de dire, après avoir vu les Suédois de Paatos.
Justement, la plus grande caractéristique de ce genre musical est de pouvoir proposer un spectre musical tellement vaste qu’il y a toujours moyen de faire de nouvelles découvertes et d’évoluer vers d’autres horizons. La cinquantaine de spectateurs présents (si Ankedoten a fait 100, il ne fallait pas rêver plus pour Paatos) étaient de vieux grognards progressifs, membres de Prog-Resiste, abonnés au magazine ou habitués des concerts originaux. Une des richesses de la programmation du Spirit étant d’ailleurs qu’il arrive à drainer de plus en plus de monde aux concerts “bateau” (Arena, IQ, Pendragon, Mostly Autumn...) Et parallèlement à proposer régulièrement encore des petits groupes, pour les blasés qui désertent ces concerts vus et revus, depuis des années...
La première mauvaise nouvelle (mais ce sera aussi la seule) est que Reine Fiske, le mythique guitariste de Landberk a déjà quitté la formation (trop occupé par ses autres groupes ou projets) et que c’est un remplaçant de dernière minute qui tiendra les six (courtes) cordes d’un guitare électrique qui ressemble presqu’à un Luth et que nous découvrons sur une scène dépouillée: Batterie sans excès, deux basses, un clavier posé délicatement sur un Mellotron, d’origine, certes, mais trafiqué et mis en boîte dans un cabinet plus petit (pour des raisons évidentes de transport).
Si Ankedoten n’a que des musiciens chauves ou brun de cheveux, Paatos, par contre n’a que de instrumentistes brun de cheveux ou chauves, démentant par là, la légende des vikings blondissant.

Que vas nous proposer un groupe qui n’a qu’un album de 40 minutes à son actif? Des variations sur cet album, des improvisations ou des nouveaux morceaux, même si le lien entre les trois s’enchevêtre... Atmosphère, atmosphère... Le nombre de styles revisité par le groupe est vaste, du psychédélique au progressif, en passant par le Drum’n’bass, la trip-hop et... le jazz. Non pas ce jazz-rock technique, mais celui des club, des ambiances et de la finesse musicale, maîtres-mots de cette soirée de fusion atmosphérique. La section rythmique est d’enfer. Un batteur d’une infernale finesse, détaillant ces coups de cymbales, ses roulements et autres contre-points, avant de sauter sur son siège pour asséner quelques coups de massue, histoire d’aider le mellotron à pousser le public vers le septième ciel. Un bassiste verbeux, certes, mais fin, qui tricote avec le batteur une grande fresque dentellière, laissant des espaces pour la guitare du petit nouveau puisse se frayer un passage. Le guitariste est bon, très bon même. Son jeu est un soupçon plus agressif que celui de Fiske (à moins que cela soit l’effet ‘live’), mais sa finesse et ses sonorités variées par une demi-douzaine de pédaliers d’effets ont tôt fait de faire oublier que ce n’est que son deuxième concert. Il transpire à grosses gouttes, non parce qu’il envoie force riffs, mais parce qu’il essaye de faire pleurer les notes, un à une, avec la même passion. Derrière lui, placide, le jouer de clavier bidouille, chatouille, tripatouille ses touches, ses effets, nappant, s’infiltrant, colorant la musique, avant de, régulièrement, s’effondrer sur son mellotron et qu’il a du perdre tous ses cheveux à force de les dresser sur sa tête avec des sons comme ceux là.
Et puis, il y a la chanteuse, jolie, charmante, discrète et souriante, elle reste sur scène pendant les (longs) passages instrumentaux, mais s’efface psychiquement, laissant aux instrumentistes le soin de faire frémir avant de reprendre le micro et d’illuminer la musique par sa voix et l’expressivité avec laquelle elle prononce ces paroles, claire et distinctes, pas forcément joyeuses, mais tellement émouvantes... D’aucun évoquent Bjork, d’autres Nirvana (l’état de plénitude, pas le groupe).

Deux sets de trois-quart d’heures, le fabuleux dernier morceau de l’album en rappel (improvisations et rythmiques hallucinatoires à la clef), la “20th century fox” pour leur faire comprendre qu’ils ont été “grands” et un public en délire qui martèle un rythme (en fait Dominique et Gilles, aux bouteilles de Perrier -si, si véridique, ils ont bu de l’eau! - pour lancer la sauce), repris par la salle et très vite... par le batteur!!! Le groupe revient et commence sont improvisation avec ce rythme, partant en suite dans toutes les directions planantes, acides, jazz et progressives qu’il leur plaît de jouer...
La chanteuse (ainsi que tout le groupe, d’ailleurs) a de quoi nous faire réviser tous nos jugements sur les blondes incendiaires et glaciales.
venues du grand Nord. Elle est brune (je l’ai déjà dit), elle est souriante (je l’ai déjà dit aussi) et irradie véritablement d’un charme et d’une gentillesse, entraînant à sas suite les 4 musiciens, qui eut aussi, sont tout sourire, disponibles pour signer, parler, boire et partager le moment.
Le groupe répète au moins 5 fois que c’est le meilleur
son qu’ils n’aient jamais eu et le public le plus chaleureux (malgré la
maigre assistance, nous fîmes beaucoup de bruit) rencontré. Francis est ravi:
non seulement il aime la musique, mais on le félicite (de quoi lui faire passer
quelques globules restés en travers de la gorge). Nous leur offrons le
Prog-Resiste où ils sont numéro 1, les visages s’illuminent, ils sont aux
anges, ils veulent revenir, ils veulent jouer à Namur (Philippe Collignon,
Music Emporium, a des idées...) Ils se proposent spontanément pour remplacer
n’importe quel groupe qui nous ferait faux bons, à la convention
d’Octobre....
Allez, promis, vous terminez votre second album et vous revenez? Promis-juré!
Un dernier clin d’oeil à la chanteuse qui pétille de joie (comme si ils venaient de faire un concert grandiose, devant une foule) et l’assurance de bien dormir ce soir...
Dr Prog