Compte-rendu du concert du 23 décembre 2001.

Fallait vraiment en avoir une forte envie pour être présent ce soir : braver –10° et routes enneigées ne fait pas partie des aventures courantes du belge moyen. Certains, et non des moindres, sont d’ailleurs restés bloqués chez eux, nous en reparlerons !

Pour ce qui me concerne, il me fallait aussi manœuvrer avec le fait qu’aucune bonne âme ne voulait s’occuper de mes deux pupuces de 11 et 6 ans … ça aurait été une vachement bonne excuse, ça, non ? Et ben non ! le dernier concert de Ken’s Novel dans sa formation " première époque ", le dernier avant un probable long silence pareil à celui de l’ermite se ressourçant dans le désert, l’ultime de mon ami Bernard Piette qui porta le petit Ken sur les fonts baptismaux (il y a bien " t " à fonts, j’ai vérifié !), je voulais venir … bref rien ne parvint à m’ôter l’envie de rejoindre le spirit ce soir. Et j’en ai rencontré d’autres, de Bruxelles ou de Flandre, dont l’envie devait être aussi forte, tant mieux et bravo. 
Mes filles, demandez-vous ? et bien c’est simple : ce fut pour Alice et Sandrine ce 23 décembre leur baptême du Spirit of 66, initiation qui doit certainement receler quelqu’importance pour elles, si à tout le moins comme je le pense il leur arrive d’écouter de quoi parle bien souvent leur papa à la maison …

Un peu de retard dans mon organisation (suis-je pardonné ?) me fait arriver alors que le groupe de première partie " The Silk ", totalement inconnu pour moi, a déjà bien entamé son gig. Madame Geron nous fait l’honneur du cachet " Spirit " sur le poignet, (sorte de tatouage de reconnaissance doivent se dire mes filles), puis nous sommes accueillis par tout Ken’s Novel en train de prendre la température de la salle. 

Il me reste un peu de temps pour m’intéresser enfin au groupe sur scène : un quattuor chanteuse, guitare, basse, batterie. Formation idéale pour faire du bon gros rythm’n’blues ? sans doute, mais pas pour eux … difficile à décrire d’ailleurs leur musique. 
La chanteuse retient évidemment l’attention, avec une présence étonnante, des registres variés pouvant aller de Janis Joplin à Nina Hagen en passant parfois par Kate Bush. Mais le jeu du guitariste est loin d’être inintéressant : recherche constante d’accords " délicats ", et de riffs tout sauf attendus et évidents. On sent qu’il y a du travail derrière les compos, même à la première écoute. Pareil pour la section rythmique qui ne se contente pas de battre un beat rock, la basse participe bien plus aux évolutions musicales qu’elle ne le ferait dans un classique " power trio ". Seuls les solos me semblaient un peu ternes. 
Bref, un rock énergique et puissant mais réfléchi et construit. Du prog ? sans doute pas au sens " classique " du terme, mais ça n’a finalement aucune importance, les étiquettes … ça sert juste parfois à faire comprendre de quoi on parle, non ?

   

Break, et électricité dans l’air. Tension sensible chez les copains. Sûrement le stress de ne pas vouloir rater leur " sortie " temporaire, certainement aussi le fait que Ludo (l’autre claviériste) n’est pas encore présent.

Bon. 21H45, tout le monde est là, on peu commencer. Gouttes d’eau et souffle dans un tube, accélération mécanique, Pat empoigne le micro … et démarrage en trombe sur When Ken arrived …. C’est " Be yourself again ", excellente mise en ambiance, guitare lourde, variation de thème, avant de tomber sur le rythme tribal qui déclenche la finale très mélodique. Le son général est largement, très largement supérieur à tout ce que j’ai déjà entendu de Ken’s Novel. Les claviers sont à leur place, c’est à dire au niveau de la guitare, laquelle n’a pas besoin de volume excessif pour être fondamentale dans toute la musique de " the guide ", et la basse, nette et précise comme il se doit, et Geoff à la batterie, pouvant laisser libre court à son tempérament généreux sans écraser le reste …. 
Bref tout serait vraiment parfait si, comme je me le dis chaque fois en écoutant " Be yourself ", ils pouvaient rendre sur scène les merveilleux chœurs présents sur l’album. N’y en a-t-il donc pas deux dans le groupe capables de chanter juste pour nous les faire, timiljards ? 
Prenons Eric par exemple. Il chante bien, je le sais, j’ai passé à côté de lui un concert entier de RPWL où il hurlait parfaitement les " oooooohh " sur toutes les reprises du Floyd. Mais comme me disait Pat, " trouve moi deux bonnes choristes capables de venir répéter et faire les concerts pour rien, on les engage tout de suite …. ". Chiche …. L’appel est lancé !

   

Tiens, on prend l’album à reculons, voilà maintenant " Power and dignity ", avec la très longue mise en ambiance qui débouche sur le riff lourd de basse-guitare qui sert de structure à l’ensemble de ce long morceau. J’aime bien aussi le solo de " pseudo-moog " au milieu. Et aujourd’hui on l’entend parfaitement. Merci qui ? merci Francis, le meilleur mixeur de claviers à l’ouest du Pecos.

Encore faut-il qu’ils fonctionnent les claviers, voilàtypas que le D50 nous fait une petite grève surprise qui oblige Pat à meubler quelques minutes avant d’entamer le passage " nouveaux morceaux " du concert. Nouvelles pièces que je trouve beaucoup moins immédiates que les précédentes, témoins d’une recherche toujours accentuée vers des continents insondés. Vivement de retrouver tout ça sur du plastic, car comme me le dit l’ami Paul (qui n’est pas un novice né de la dernière Marée), ils sont chaque fois meilleurs, ces Ken’sNovel ! !

Patrick, visiblement heureux et à son aise, profite des temps morts pour lancer dans la salle quelques cadeaux qu’il tire d’une grosse boîte dissimulée derrière le retour. C’est Noël, ma parole !

Guitare qui pleurniche sur des p’tits tchtch, c’est " Homeland ", longue pièce de 8 min au tempo lent où la guitare omniprésente alterne les tics métal avec les évocations Marillionnienne. Belle précision, mon cher Eric, bravo. Puis Shielded, plus court et joyeux, gouttes de synthé sur tapis de basse, intervention rythmico-mélodiques de guitare, batterie comme incontrôlable, c’est peut-être le morceau le plus " typique " du premier Ken’s Novel.

Le concert se poursuit dans une bonne humeur croissante, avec Patrick qui fait intervenir la salle qui ne demandait que ça, et avec cette précision de jeu acquise au fil des répèts et des concerts, précision de mise en place qui les rend comparables aux meilleurs au moins sur ce plan.

Le concert se termine avec l’excellente version acoustique de " a matter of pride ", telle qu’ils l’avaient répétée pour servir de première partie lors d’un concert de Machiavel il n’y a pas si longtemps. Superbe version, vraiment, d’un morceau qui s’y prête à merveille.

(soyez attentifs, cette version acoustique inédite risque fort de se retrouver ici-même bientôt en MP3, téléchargeable et tout et tout …. Si vous êtes sages …)

   

Le premier rappel les voit revenir déguisés en Père Noël, continuer à distribuer des cadeaux, et surtout nous faire un " Guilty " super enlevé et une reprise de " be yourself " en acoustique. Surprise aussi, une version aux paroles très particulières de " douce nuit ", chanson bien connue et de circonstance …

Le deuxième rappel, de plus en plus joyeux et débridé, nous apporte un " The Guide " très rock, sur lequel, on va pas s’en priver, nous allons reprendre comme des forcenés le refrain " show me the way ", véritable hymne national. Puis pendant le long solo de synthé en 7/8 (enfin je pense) soutenu par les battements saccadés de basse et guitare, Eric et Seb nous font du grand show avec une physique lutte d’influence, version je t’aime moi non plus du duo de manche, qui les voit se poursuivre jusque dans la salle ou dans les escaliers des coulisses. Grands enfants que vous êtes …. Continuez, c’est sympa !

Finale avec une version légèrement métallisée de " Vive le vent ". Francis Blanche aurait apprécié ! Tous les musiciens s’en vont l’un après l’autre en nous saluant, Ludo et Bernard (pour lesquels ce concert est donc le dernier ..), Geof, Seb (c’est bien), Pat, … reste Eric perpétuant béatement son riff comme si de rien n’était jusqu’à ce que 2 roadies viennent le sortir manu militari …

   

Ca aurait été fini si nous n’étions pas au spirit. Seulement voilà, ici, quand on a tout donné, il faut donner encore, c’est la règle. Revenir dire merci ? ? une fois, deux fois ? ? tss tss tss insuffisant ; rebranche ton instrument Marcel, et refais-nous un Shielded pour la route … exécution !

Je descend à la " cave " immortaliser l’instant pour ce qui risque donc de devenir la dernière photo de Ken’s Novel première version, et que vous avez sous les yeux bande de petits vernis que vous êtes. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore , Ken’s Novel va rentrer en conclave jusqu’à ce qu’apparaisse la fumée blanche de leur 2ème album, aidé pour ce faire par l’introduction de leur nouvel et unique claviériste Walter Prevoo (qui fut à ma grande tristesse empêché aujourd’hui de venir participer à la fête en nous gratifiant d’un petit solo paraît-il pourtant bien répété … sniff sniff … le verglas nous aura fait rater ça..). Les quelques nouvelles partitions de clavier qu’il m’a été donné de voir sont en tout cas pour le moins prometteuses …. Patience, patience.

   

Un dernier mot : mes filles ont beaucoup aimé, et sont plutôt contentes quand je remets " the guide " à la maison. Et puis, sans doute le principal, elles ont trouvé l’endroit et le Maître des lieux … " très sympas " !

Comme je vous le dis !