Compte-rendu du concert du 20 janvier 2002.

Pour le premier concert prog de l’année au Spirit, celui où on se présente les vœux, Francis avait invité un nom prestigieux. Kayak fait partie de ces groupes qui ont embelli mon adolescence, et Ton Scherpenzeel possède à lui seul une carte de visite qui lui vaudra à jamais une place dans toutes les encyclopédies du Rock. Pour son rôle dans l’histoire de Kayak, bien sûr, mais aussi pour ses participations aux plus récents albums de Camel. Egalement peut-être pour sa phobie de l’avion, qui l’empêcha sans doute de rejoindre ou de tourner avec des groupes de dimension réellement mondiale.

Ton, c’est le grand blond, mince, discret et timide vissé derrière ses claviers même quand le soundcheck est terminé, toujours occupé à peaufiner son matériel de scène. C’est aussi le compositeur principal, celui sans qui Kayak ne pourrait plus porter ce nom. Mais Ton n’est visiblement pas un meneur d’hommes, laissant ce rôle à son vieux compère de toujours, au look " camionneur des sixties " invraisemblable, j’ai nommé le batteur Pim Koopman. Une base, le Pim. Martelant si fort ses toms qu’il en faisait mal aux tympans du malheureux Bert Heerink en train d’ajuster ses oreillettes.

Kayak, pour ceux qui l’ignoreraient encore, c’était au tout début un prog très " Genesissien ", avant de devenir plus " Supertrampien " dans les albums les plus célèbres comme " Starlight Dancer ", puis de se tourner vers une " pop " de qualité au début des années ’80, qui culminera avec le hit intersidéral " Ruthless Queen ". Kayak sombra ensuite ne sera remis à flot que voici 2 ans pour un très estimable " Close to the fire ", un indispensable " double live " et le tout nouveau " Night vision " que je ne connaissais pas encore.

C’est exceptionnel, mais il semble que ce ne soit pas le son qu’ils sont en train de mettre au point sur scène actuellement : je pense qu’ils répètent tout simplement des passages de morceaux qu’ils ne connaissent manifestement pas encore bien. Bert Heerink lit ses paroles et se renseigne sur la mélodie exacte, la mise en place est loin d’être parfaite, et le son est pour le moins brouillon. Personne ne semble pourtant s’énerver, pas même Francis dont le regard croise le mien avec une mine de dire qu’il pense la même chose que moi. Nos inquiétudes se dissiperont au fil du temps. Je dois bien avouer que le manque flagrant de justesse des voix nous a un moment fait très peur !

Je vous disais ne jamais avoir entendu le dernier album (que je viens de recevoir d’une madame-manager pour le chroniquer dans le prochain Prog-résiste) ; pas de chance, ils vont en jouer 7 morceaux sur ce concert ! ! et trois en entrée de jeu … nous allons donc partir en découverte.

Ca commence ma foi assez bien avec " Miracle man ", un mid-tempo assez lourd et bluesy bien balançant, et juste ce qu’il faut de breaks pour stimuler l’attention ; " Water for guns " plus cool et sautillant, moins inspiré aussi ; mais surtout " Icarus ", une longue pièce intéressante pour ses multiples ambiances et rythmes. Mes inquiètudes sur la qualité globale du gig sont dissipées : tout est maintenant bien en place, Bert chante bien et juste, et les 6 bataves semblent déjà s’amuser comme des fous. Même Scherpenzeel sourit aux énormités lachées par Koopman ….

Sans pouvoir expliquer pourquoi, je ne parviendrai à rentrer vraiment dans le concert que vers la moitié du gig ; pas que ce soit mauvais, loin de là, mais la musique me paraît jusqu’ici plus jolie et agréable que réellement prenante. Mon cas n’est pas une généralité cependant, car une grosse partie de la salle n’hésite pas à exprimer très clairement sa grosse satisfaction sur le menu. C’est aux environs du milieu du concert que va démarrer pour moi la vraie émotion, celle qui me fait partager la musique avec le groupe, celle qui me rembourse mon ticket d’entrée … Avec 4 morceaux du tout récent et excellent double live " wintertime ", "periscope life ", et surtout " Merlin " et " Niniane ", je commence à vraiment prendre mon pied, à ne plus réfléchir à ce que je vois et entend, et seulement à ressentir …

Hélas, je vais cruellement retomber avec un morceau intitulé " a million years ", un slow d’un sirupeux gluant presque digne de staracadeprout ! Fort heureusement, le concert repart ensuite avec des morceaux plus vaillants, et notamment le très seventies " starlight dancer ".

C’est " Mammoth " et l’inévitable " Ruthless Queen " qui composent le 1er rappel, et encore un morceau du nouvel album qui clôture définitivement le gig.

Autant être tout de suite honnête, le gros du public a adoré, et les musiciens éminemment sympathiques semblent avoir passé une excellente soirée. C’est juste moi qui avait un petit problème : ce que j’ai vu n’arrivait pas à égaler en qualité le contenu du double live sur lequel j’avais basé tous mes espoirs … tant pis pour moi. Le kayak s ‘éloigne irrésistiblement des rives progressives si peu fréquentées pour rejoindre le grand large où naviguent les plus gros rafiots des genres " radiophoniquement présentables ". Grand bien leur fasse, je leur souhaite vraiment le meilleur, sérieusement ; car si ce qu’ils font n’est plus ce que je préfère, ils parviennent le plus souvent à conserver la ligne de flottaison bien au dessus de la moyenne …