Compte-rendu du concert du 27 janvier 2002.

Troisième concert prog de la semaine après Kayak et Pallas, et nous revoici donc au Spirit pour y rencontrer JADIS. Un band qui depuis très longtemps maintenant navigue dans le sillage de groupes plus médiatisés comme IQ ou Pendragon, mais qui au fil des années s’est fait sa petit renommée pour devenir presque l’exemple type de ce courant qu’on a l’habitude d’appeler " néo ". Duquel, je me permets de le préciser avec véhémence avant d’y revenir prochainement dans Prog-résiste, il est faut de dire qu’il n’a que mauvaise presse chez nous ! Nous étions quatre de la rédaction à être présents, dont Gilles qui les a déjà bien vus 7 fois ! ! Il fallait le dire et je l’ai dit !
Gary Chandler promène son imposante carcasse dans le Spirit, avec une gentillesse pour chacun et le sourire permanent. Il sait que nous n’attendons pas la grande foule, mais cela n’a jamais semblé l’arrêter dans son désir de jouer ; ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Nous avons aussi le plaisir de voir Patrick Muermans, qui se donne une soirée de répit, tout occupé qu’il est au travail de composition pour Ken’s Novel.

Jadis démarre avec " No sacrifice ". Le son est immédiatement clair et précis, comme (presque) toujours ici. Plusieurs choses frappent consécutivement : d’abord cette aisance remarquable de Gary dans l’art d’arpéger la guitare tout en chantant. Le son cristallin et aéré qu’il en tire ainsi contraste à merveille avec la puissance et chaleur de sa voix ; ensuite la relative sobriété dans le jeu de clavier de Martin Orford, bizarrement bien plus en avant dans IQ ; en revanche, il est omniprésent dans les chœurs où fait merveille sa deuxième voix. Batterie juste et efficace de Stephen Christey, sans jamais trop en faire, mais avec une chaleur que n’a pas toujours IQ. Mais ce qui me semble vraiment tenir le mélange en place, servir de fondation à l’ensemble, c’est à mon avis le jeu de John Jowitt ; John représente pour moi pas loin du bassiste idéal : celui dont le jeu est assez discret pour ne pas empiéter sur les fréquences déjà occupées, mais dont les lignes sont imparablement indispensables tant au rythme qu’à la mélodie. Bassiste est un vrai métier, et ce ne sont certes pas les guitaristes frustrés qui en font les meilleurs ….

Le répertoire est plutôt puisé dans les récents albums, (lesquels ne sont pas mes préférés de Jadis), ce qui par moment me fait parfois confondre les morceaux … sauf pour des pièces comme " Where in the world " ou " Understand " qui m’avaient d’ailleurs marqué dès la première écoute. Tout le monde s’amuse finalement assez sagement, avec des hauts et des moins hauts, mais sans jamais de perte de qualité technique. De ce côté là, faites moi confiance, ils savent y faire, ce sont des performers de tout premier ordre.

Comme souvent, la fin du concert ira en s’améliorant sans arrêt, ainsi que notre folie participative et communicative, qui verra Gary pratiquement terminer le solo de " Sleepwalk " sur nos genoux ! Je le dis bien haut, Chandler est un guitariste sous-évalué ; car la façon dont il aborde son instrument n’est certes pas la plus facile qui soit : disto toujours limitée, et jamais de section rythmique assez bruyante pour couvrir les imprécisions ! non, c’est du tout beau travail, du bel ouvrage. Et en plus il se donne chaud, le bougre, il aspergeait tous ceux qui osaient le regarder de trop près. J’en sais quelque chose, moi qui me suis risqué à prendre quelques gros plans ….
Cette musique est de grande qualité, superbement jouée, mais ne parvient pourtant à vraiment décoller que de temps en temps. Allez savoir pourquoi ; c’est peut-être la différence entre les bons et les tout bons … Je dirais simplement que si les compositions de Chandler avaient pu conserver dans le temps la valeur de celles du premier album, Jadis serait aujourd’hui encore un groupe phare de la scène progressive.

Surprise pour le rappel, nous reconnaissons un vieux morceau d’ Alan Parson’s Project, " Old and wise ". Excellent. Puis après " Holding your breath " et un deuxième au revoir, ils reviennent nous jouer le sublime " More than meets the eye ", avec les fans (nous) qui reprennent en chœurs les savoureux " nanananana … "
Cette musique est fondamentalement accessible assez rapidement, et il est bien dommage que nous ne profitions pas suffisamment de ce genre de concert pour amener quelques " nouveaux " spectateurs au Spirit, histoire de leur montrer, et qui sait de les " viruser " ….
Au Spirit, vous le savez bien, ce n’est pas parce que le concert est terminé que la soirée est finie … loin de là, parfois …

Je prend rapidement rendez-vous avec Martin Orford pour une interview lors de son prochain passage avec IQ : no problem, when you want, ok, even after dinner …. Martin est charmant. Un peu timide mais charmant. Puis je rencontre John Jowitt avec lequel, en compagnie d’autres amis nous ayant rejoints, nous allons passer un bon moment. J’ai par exemple appris que s’il avait su la suite des événements, il n’aurait certainement pas quitté Arena ; il m’a également assez bien parlé du rôle important de Mick Pointer dans le travail de composition d’ Arena, même si son " style " scénique ne le laisse pas paraître ; du travail inlassable de Clive Nolan dans la recherche sonore … anecdote : pendant les répétitions de " The visitor ", et alors que John était en train de repeindre un chassis ( !), Clive essayait de trouver les sons d’ambiance pour " the hanging tree " …. John m’explique alors qu’il a véritablement ressenti des frissons lui parcourir l’échine, comme s’il avait l’impression que la pièce se remplissait de vampires … ça c’est la magie de Clive Nolan. Un mot gentil aussi pour John Mitchell, guitariste hyper doué et " facile ", selon ses dires. Comme quoi il n’a pas gardé que des mauvais souvenirs d’ Arena, l’ami Jowitt ! bien au contraire. Y a juste eu un truc ….

Je lui parle alors du concert des 20 ans d’ IQ en décembre dernier, mais c’est sur " The Lens " que va immédiatement tourner la discussion. The Lens est le premier groupe pré-IQ de Orford-Holmes. Ils viennent de réenregistrer sur un CD des vieux morceaux de l’époque, et en ont donné un concert en première partie d’ IQ à Londres. John disparaît alors en coulisse ….. et revient avec un tas de photos ! Regarde, me dit-il, si tu veux faire paraître ça dans Prog-résiste, tu peux prendre celles que tu veux ! Il s’agit de photos de cette prestation, complètement gag, puisqu’ils jouent avec énormes perruques bouclées et grosses moustaches. Ces photos sont de Heike Müller, une copine allemande qu’il ne manquera pas de me présenter, avant de retourner une deuxième fois tout son barda pour me retrouver une play-list de ce soir …..

Le moins que je pouvais faire était de lui offrir un verre, et de lui donner rendez-vous dans un mois, cette fois pour parler un peu plus d’ IQ, aussi.
