Compte-rendu du concert du 29 juin 2002.
En l’absence de mon ami Piero (parti au clair de la lune, non pas à Maubeuge, mais en Ardèche), c’est à moi qu’incombe donc la tâche de vous relater la belle soirée que nous vécûmes ce samedi 29 juin dernier...
Pour imiter en
cela mon illustre confrère, je me pointe une heure et demie à l’avance,
histoire de prendre la température... Ca tombe bien, Francis, Sioban et High
Wheel terminent leur repas, le traditionnel chinois du coin de la place et il
reste une chaise de libre. Après un bonjour à la cassonade (c’est pas comme
ça qu’on dit? Ah bon!), je m’installe et comme je n’ai pas encore mangé,
Francis me déverse une barquette de riz et les autres leurs restes de
poulet/porc/Boeuf (difficile à distinguer, avec toutes ces sauces).
L’ambiance est chaleureuse, je parle allemand (comme une concierge espagnole)
mais quand les musiciens d’High Wheel parlent entre eux je n’entrave que
dalle... Normal, ils sont de Munich (pas la porte à côté, quand même!). Je
m’arrange pour faire l’interview en anglais (ouf!) Et me voilà dans la cave
(je devrais dire le loges) du Spirit avec Wolfgang Hierl, guitariste et chanteur
du groupe. Nous plaisantons, rigolons, discutons et l’interview est aussi décousue
qu’une bobine de fil d’Ariane dans un labyrinthe de Minotaure. Quelques bières
et quelques copains plus tard, à 22:30 tapantes, on peut commencer par Sioban,
les régionaux de l’étape (ils sont de Tournai et ça fait quand même moins
loin que Munich).
Bonne surprise, la première de la soirée... Sioban nous distille un bon rock néo-progressif,
teinté de Marillion première époque (ça on le savait déjà), mais en plus,
sur scène ils ont une bonne présence, avec leur chanteur “Meet” en pleine
forme et en pleine voix et des musiciens appliqués qui s’en sortent très
bien. On se prend au jeu et on aime. Les morceaux défilent, longs et beaux,
avec quelques belles envolées qui arrachent quelques cris aux spectateurs... Le
timing est respecté et comme on a le temps, nous avons droit un petit rappel,
une toute nouvelle composition plus énergique qui clôt avec bonheur cet
excellent premier contact.



C’est maintenant que les choses sérieuses vont commencer, avec High Wheel,
ces allemands (trop) peu connus, mais excellents sur leurs 4 disques... Et pour
commencer fort, cela commence fort... Premier morceau du dernier album “Try an
error”. Ca décoiffe sec, avec un guitariste à la chevelure encore plus décoiffée
que la mienne, un bassiste qui “slappe” comme un diable, un batteur métronomique
et des claviers que l’on n’entend pas beaucoup. Ca part dans tous les sens
(on s’y attendait) et la technique des musiciens et à la hauteur des espérances.
Mieux, les musiciens sont hyper-décontractés, sympas et ne se prennent pas au
sérieux, même s’ils sortent tous de différentes académies musicales...
Wolfgang nous prévient que le prochain morceau dure une demi-heure... Il nous
conseille d’aller au bar, en boire une à sa santé et de revenir quand il
nous fera signe afin que nous puissions applaudir. Personne n’obéit, évidemment,
et nous assistons à l’intégralité de “Blind Archer”. Cette fois-ci, ce
n’est plus un groupe que l’on a l’impression de voir et d’entendre, mais
bien une demi-douzaine à la fois: Gentle Giant, King Crimson, Genesis, Rush,
Marillion et j’en oublie. Chacun des instrumentistes fait ce qu’il veut de
son jouet, variant les sonorités à l’infini et quand ils sont trois à faire
des choeurs ou des harmonies, c’est la chair de poule assurée... Car ils sont
balèzes, certes, mais ils ont aussi du coeur et alternent avec brio les moments
les plus lyriques avec le déjantage maîtrisé. Un petit conciliabule avec
Francis pour monter les claviers, un petit incident technique avec la guitare
(tout le monde sourit, pas de stress, on est en famille...) Et ça repart de
plus belle. Toujours autant d’humour: “Nous allons vous jouer un morceau que
nous n’aimons pas du tout” (mais putain, quel morceau! “The screamer”)
ou bien “Ouf, la corvée est terminée, on va pouvoir passer à autre
chose”... L’autre chose est le premier morceau composé par le groupe
“High Wheel in the sky, part I”... C’est à ce moment que l’OVNI décolle,
car c’est du rock à la façon Uriah Heep de la meilleure veine... Le (trop)
maigre public, déjà scotché, commence à se rapprocher et s’enfile les
perles musicales qui déroulent devant leur yeux ébahis (“The four
reasons”, “Into Voyage”...). Même les “Sioban” qui regardaient de
loin, puis de plus près, se retrouvent comme tout le monde: scotché au premier
rang pour regarder le guitariste nous faire une démonstration de son
savoir-faire, dans tous les registres, du plus technique au plus lyrique (à
certains moments, on aurait pu le croire atteint de la maladie de Parkinson),
pour admirer le bassiste et se demander comment sa main n’était pas rouge de
fusion (quand il ne joue pas des pédales de basse “Taurus”), pour découvrir
que le joueur de clavier, discret, tricote à une vitesse digne d’un Wakeman
ou d’un Banks, le tout sous le regard bienveillant du batteur, d’une précision
diabolique, ou bien pour écouter les harmonies vocales à fendre le coeur des
pierres... Toujours, bien sûr, avec le son “Spirit”, celui qui ne casse pas
les oreilles et qui détaille chacun des instruments... Normal, c’était
Francis aux manettes...
On est 35 et on beugle comme 300. Ils ne quittent même pas vraiment la scène,
pour le rappel, ils reviennent et se relancent comme si la fatigue n’existait
pas, avec “Open lines”... Toujours ces longs morceaux qui ne commencent
jamais comme ils terminent et revisitent le prog par le milieu. Ils ont droit au
“20th Century Fox” qui salue les GRANDES prestations du Spirit, ils saluent,
en effet (sauf le bassiste qui nous fait comprendre qu’il a mal au dos!) Et
s’en vont... Mais ce que nous aimons, au Spirit, c’est le rappel non prévu,
la cerise sur le gâteau... Avec ces crèmes de gentillesse et de disponibilité,
c’est une formalité: ils n’ont même pas atteint les marches de la cave
(les loges) qu’ils sont de nouveau sur la scène...
Mama mia!
Je les retrouve dans la cave (les loges), ils sont assaillis par Sioban qui les
félicitent, une jup à la main... Tout le monde est sur le cul! Les superlatifs
inondent l’espace sonore... Je laisserai le mot de la fin à Sioban:
“Ils sont encore plus gentils qu’ils ne sont balèzes... Quand tu penses
qu’ils nous ont spontanément aidé à débarquer notre matos, quand nous
sommes arrivés...”
C’est vrai, High Wheel respire la joie de vivre, de jouer, de parler et tout
cela ils le font à merveille. Un grand moment, qui je l’espère, pourra se
revivre, car leur concert est arrivé un peut tôt pour attirer du monde... Après
la parution de Prog-Resiste en Septembre/Octobre, leur place de n°1 dans le top
des 10 indispensable (c’est déjà presqu’une certitude, je ne vois pas qui
pourrait les en déloger...), la publication de l’interview et le bouche à
oreille qui fonctionne à merveille, j’ose espérer qu’ils nous remettront
le couvert, car des groupes comme ça, on en redemande...
Gilles Arend.