Compte-rendu du concert du 1 mars 2002.
De la plume de mon ami et collègue résistant Alain Quaniers !!
01/03/2002 – GONGZILLA AU SPIRIT
J’avais promis, j’ai tenu (" Chose promite, chose dute "). Malgré mon état comateux, il est 21 heures quand je pénètre dans le temple. Pour constater qu’il n’y a personne. Ou presque, car je reconnaît Pierre Moerlen et son frère déambulant dans la salle. Je vais jeter un œil sur le matos et deux choses me frappent : primo, les xylophones de Benoît Moerlen sont impressionnants ; deusio, le kit de Pierre le frangin est tout sauf imposant. Quelques personnes arrivent au compte-goutte. Premier mouvement dans la salle lorsque le responsable du stand CD installe sa marchandise. Je zieute et je le vois : " Gongzilla Live " pour un prix très attractif (15 Euros). Je n’hésite pas une seconde…
Je salue Francis qui me fait part de son inquiétude : la veille en Allemagne, le groupe a fait quarante entrées. Et malgré son subterfuge (" j’ai mis Prog sur le folder, parce que si j’avais mis Jazz-rock, y aurait encore eu moins de monde "), il doit bien constater que c’est loin d’être la grande foule. Calé contre un retour, je suis rejoint par Marc, le pote de Piero, qui, aujourd’hui, n’a pas son bel uniforme de garde suisse. Pendant que nous nous désaltérons, le public commence à remplir un peu plus la salle. A vue de nez, il y a bien le double de personnes par rapport à la veille. Pas si mal, finalement…

Et à 22H35, le groupe monte sur scène. Détendus et souriants, ils entament un set qui est immédiatement passionnant. C’est audible, c’est visible : ces messieurs ont une classe folle. Comme supposé, la cohésion est au rendez-vous aussi. On se regarde avec Marc d’un air entendu, ce n’est pas de la daube qui est servie ce soir. Le set est commencé de quelques minutes que des agités me rejoignent au devant de la scène : Dr Prog et 4D (non, pas de Star Wars ). Et ils font le même constat : ça joue méchamment bien ! Etrangement, c’est souvent Benoît Moerlen qui focalise l’attention : sa dextérité " naturelle " au xylophone est belle à voir et à entendre. Mais le grand frère est pas mal non plus. A l’instar d’un Christian Vander, il est étonnant de constater à quel point il arrive à transformer son petit drum kit en une véritable machine de guerre. Quand le tempo s’élève, il se répand en roulements furieux et complexes qui, combinés au jeux crémeux de Hansford Rowe à la basse, propulsent les deux solistes sur des rythmiques diaboliques. Bon Lozaga, sans en avoir l’air, est drôlement présent. Arpèges délicats, accords Frippiens, soli débridés, slide zappaïenne vicieuse, loops pas si éloignés que ça des Frippertronics,… La première partie du set (40 minutes) se termine par une longue pièce durant laquelle les Moerlen Brothers se dédoublent aux xylophones et aux percussions (moment choisi par le minor tom pour s’effondrer lamentablement), avant que Pierre ne se lance dans un solo assez ébouriffant, nullement ennuyant.
Il nous faut patienter 20 bonnes minutes avant leur retour. J’en profite pour engloutir un Perrier : c’est que l’accumulation des effluves de la cuisine au basilic, des clopes et de la glace sèche répandue sans compter mettent ma pauvre gorge dans un triste état. On commente la prestation entre nous et l’avis est unanime : c’est virtuose et passionnant. Ca vous réconcilie avec tout le reste. Et le meilleur est encore à venir…

Le groupe repart sur les mêmes bases et va nous servir ses plus belles compos. Il y a au moins trois moments magiques à décrire. D’abord, il y a " Image ". Le maître d’œuvre, c’est Lozaga. Grâce à une petite boîte électronique, il génère des boucles très " new age " et il enrobe le tout de phrasés de guitare tantôt délicats, tantôt urgents. Doit même y avoir une bidouille sur le chemin du signal, parce que sa guitare sonne comme un trio de sax. La rythmique pulse brillamment, et, globalement, on est pas très loin des ambiances de l’actuel King Crimson. Avec cette vision saisissante : les quatre compères ont, au même moment, les yeux fermés à plusieurs reprises. Ensuite, il y a ce morceau introduit aux xylophones par les frérots et donc les savantes constructions (la basse de Rowe !) débouchent sur quelque chose de connu. On se regarde tous : ouaip, il n’y a pas de doute, une guitare qui gémit de la sorte, c’est du Mike Oldfield ça ! Et enfin, il y a LE fabuleux solo de xylophone de Benoît Moerlen. Et les yeux en prennent autant que les oreilles. Deux maillets dans chaque main, chaque main jouant suivant des rythmes et des mélodies différents. Et, comme si cela ne suffisait pas, notre virtuose fait varier en permanence l’écartement des maillets afin d’aller chercher les accords correspondants. Son instrument devient orchestre, " L’art musical " dans toute sa splendeur !

Ils terminent par un presque gag. Voyant Pierre Moerlen quitter sa batterie et prendre sa saharienne, Hansfrod Rowe le rappelle gentiment à l’ordre : " Encore un morceau, Pierre ?!? Si, " Gongzilla ". C’est ce qui est marqué sur la feuille… ". Et ça valait la peine, parce que la version proposée est intense et clôture dignement une prestation éblouissante. C’est le même Rowe qui remonte le premier sur les planches et accorde sa deuxième basse (la noire, pleine de frets) dans un silence religieux. Il apprécie et le fait savoir : " Quel sublime moment de silence ! Et quel merveilleux public. Respectueux et patient… ". Nous aurons même droit à un second rappel, pas du tout prévu. Mais, à force de nous entendre les réclamer en scandant (entre autres) les riffs de " Black Night ", ils daignent se représenter une dernière fois et nous interpréter une compo que certains identifieront comme étant du Hendrix.
J’ai pas su mettre la main sur une set list, mais je crois pouvoir affirmer que l’intégralité du " Live " plus des extraits de " Suffer " et de " Thrive " et un vieux morceau de l’époque PM’s GONG ont été joués. Annoncé comme un groupe de fusion, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Jazz-rock, space-rock, RIO, Canterbury, effluves ethniques, phrasés progressifs, déclinaisons Zappaïennes, etc…, cette musique est faite de mille et une facettes. Et, dans les mains de tels virtuoses, il est normal de générer autant de plaisir à l’auditeur. Pour la énième fois, nous venons de vivre une grande soirée au Spirit, une de celles à laquelle on se félicite d’avoir été présent. Merci GONGZILLA. Merci Francis.
Alain Quaniers.