Compte-rendu du concert du 30 mars 2003.
Beau dimanche de printemps, n’est-il pas ? avec la
perspective d’un concert d’ Arena au Spirit of 66 précédé d’un petit
interview avec Clive Nolan, la journée à tout pour bien s’envisager.
Les ondes géhèssémiques m’avertissent de l’arrivée de l’autobus (ze sleeper, qu’ils disent) place du Martyr vers 16H15 … ouch, sont pas en avance, les Britons. C’est vrai qu’ils viennent de Sarlat (Sud/Ouest de la France) où il tenaient hier soir la vedette du festival du même nom. Sarlat, pas vedette. En arrivant une heure plus tard devant la porte vitrée au volet à moitié tiré, je m’étonne de la présence si hâtive de quelques fans audiblement venus de France, en train de discuter et chasser l’autographe auprès de Rob Snowden et Clive Nolan. Toute la troupe de roadies est occupée à se hâter calmement, et toute la salle du Spirit est pratiquement remplie de housses de guitares, de claviers, d’amplis et de matos en tout genre. Certains installent deux projecteurs data/vidéo par dessus la scène, d’autres s’affairent à électrifier le sleeper (le bus, quoi, faut suivre !), le soundman est déjà occuper à trifouiller la console, bref la ruche bourdonne en bon ordre. Je croise le boss « ‘pas en avance, guère de temps pour toi, sorry …. » …. Ben j’ai des yeux et j’avais rien d’mandé moi, quoi, et d’ailleurs je vais pas encombrer davantage le parquet, je m’en vais à la recherche de mes 2 potes qui ont avec moi rendez-vous with Mister Nolan. A une terrasse de bistrot, évidemment, qu’ils sont.


Voilà, Clive nous fait signe, et nous invite à le rejoindre
dans le bus. (on dit aussi sleeper, souvenez ?). Il n’est pas seul. Sont
là aussi deux copines spectatrices, mais également John Mitchell (casaque
mauve) et Mick Pointer qui nous prient aimablement de nous installer et partager
un verre avec eux. On est loin de ressentir ici l’ agitation interne du
Spirit, à 20 mètres. Calme et sérénité. Jean-Luc avoue que c’est son
premier interview, ce qui fait bien rire Clive : « tu vas maintenant
connaître le stress que nous avons, nous, à découvrir toutes vos questions
indiscrètes ! ». Pour moi c’est une bière, oui, merci Mick. Ah un
demi-litre ? c’est encore mieux merci. Santé. « Okay guys, c’est
quand vous voulez … » S’ ensuit une petite discussion bien agréable
dont vous lirez l’essentiel dans le prochain Prog-résiste, portant sur le
contenu des textes principalement, dont Clive est l’unique et obscur auteur.
Inutile de les disturber plus longtemps, et encore moins de
faire le gêneur à l’intérieur. Quoi de mieux donc à faire …. Que
d’aller goûter au dernier soleil d’une terrasse ?
Tiens mais c’est Piero !! ben non pas moi, fada, LE Piero, le Kenroll, le vrai. Celui dont le génie fut de faire profiter à tous les jeunes Belges des années ’70 du fait que leurs parents étaient abonnés à Télémoustique ! Celui qui fut le premier à inviter Genesis en Belgique. Vous imaginez aujourd’hui 5 pages de rock dans Télémoustique, le Soir Illustré, ou un autre canard télé-hebdo ?? On croit rêver, quand on y repense … et pourtant, ça a bel et bien existé.

La foule se fait plus dense sur le trottoir, et il est temps
que Madame Geron ouvre ses portes, il y a embouteillage. Nous en profitons pour
distribuer nos petits flyers annonçant notre Prog-résiste-convention
d’octobre (zêtes au courant, au moins !?!) ; et au vu des réactions,
j’ai comme l’impression qu’il faudra s’y prendre tôt pour avoir des
places … mais c’est une autre affaire. Désireux de bien profiter du
concert, et de prendre les quelques photos que vous voyez ici, je laisse mes
bons camarades au bar pour me glisser (ouais, si on veut, d’accord) jusqu’à
la scène. Quelle abnégation. Rien que d’y repenser j’ai soif. Parce que ça
aussi c’est encore vrai : quand le Spirit est bourré, du moment qu’il
fasse plus de 15° dehors, c’est la fournaise dedans. Hot weather.
« Hello, we are a part of Pendragon ». Merci Nick, merci; j’ai pas l’impression qu’il y a quelqu’un dans la salle à ne pas le savoir. Souriant et volubile, comme chaque fois qu’il vient ici, il enfourche sa Yamaha noire (guitare, pas moto), salue son bassiste Peter Gee qui aujourd’hui n’en jouera pas, et nous déroule quelques-unes des incontournables perles pendragonniennes bien connues. Mais oui, il a joué « Paintbox ». Et “Man of nomadic traits” aussi. And “we’’l go hunting deer” également. Et même un « King of the Castle » accompagné par Nolan aux synthés. Nick Barrett était visiblement content de l’accueil, et nous avait préparé un petit rappel à chanter tous ensemble : « All you need is love », de qui vous savez. La chorale a bien suivi.

La salle commence déjà à ressembler à un hammam quand vient l’heure d’ Arena. Je parie qu’ils vont commencer avec « witch hunt », le début du dernier album, une « vraie tuerie » de rythme, comme disait quelqu’un sur pengla. Et ça ne rate pas. En avant toutes, Badaboum badaboum, heavy come back ! Mais qu’est-ce que c’est bon ! Ca en jette un maximum, et Ian Salmon en semble tout ravi, lui qui arbore déjà au coin des lèvres ce petit sourire complice qui le quitte rarement. Le grand Rob Sowden arrive dans son long imper de cuir, bizarrement enlunetté, colleté de clou, prend son habituel air menaçant et entre dans la danse. C’est pourtant pas un concert de hard, ici ... je me demande le pourquoi de cet accoutrement décalé. D’où je suis, tout est directement nickel, et je suis directement impressionné par le son de la batterie. Magnifique et plein d’emphase. Personne ne dira que le jeu de Pointer soit particulièrement subtil, mais il assure rythmiquement à la perfection ; et quand il « sort » un son pareil de ses fûts, il assure un vraie base de béton aux virtuoses du groupe. Clive connaît bien quelques problèmes avec une pédale de ses claviers, mais c’est bon que je l’ai vu, car je n’aurais rien remarqué à la seule audition.

Ils vont enchaîner presque l’intégralité du dernier album « Contagion », pratiquement sans interruption, délaissant seulement un peu de sa partie centrale. Avec la même puissance que sur le disque, peut-être plus encore. J’aurais bien aimé mieux distinguer les soli de claviers mais bon, soit, globalement il n’y a pas grand chose à redire …. La guitare de John Mitchell est toujours aussi précise, et les nappes de Clive Nolan autant aptes à générer les atmosphères désirées. Ca c’est du rock, timiljard ; du costaud de chez mis en place.

Voici
la liste des morceaux joués, tirés de Contagion :
Witch
Hunt
An angel falls
Painted man
This way madness lies
Spectre at the feast
Never ending night
Skin game
Salamander
Bitter harvest
The city of lanterns
Riding the tide
Mea culpa
Cutting the cards
Ascension

Manque pas grand chose, hein ? Cette fois mon opinion est
faite, cet album n’a rien à envier à The visitor, mon préféré
jusqu’ici. Et je vais jusqu’à me dire que ce diable de bassiste est même
parvenu à faire oublier Jowitt, en tout cas sur ce dernier album. Son jeu est
maintenant utile et dépasse le rôle d’accompagnement, et sa nouvelle et
rutilante Rickenbacker rouge n’y est pas
pour rien. Le plus emprunté reste Sowden, un peu mal à l’aise dans son grand
corps d’échalas et finalement très peu charismatique ; son chant
cependant est sans reproche, en tout cas sur les morceaux des 2 derniers albums,
ceux où il est crédité du micro.

La suite fera la part belle à l’ album « The visitor »,
regardez plutôt :
Serenity (Visitor), où Mitchell nous fait son solo
Gilmourien magistral, quelle jeu clean !
Chosen (Immortal), la très heavy ouverture d’ Immortal,
Crack in the ice (Visitor), part belle à la guitare,
Double vision (Visitor), et ses réponses guitare/voix sur rythmes impair/valse
Hanging tree (Visitor), qui d’entre nous n’a pas chanté « moving
deeper into the laaaaaaaannd » ??
Don’t forget to breathe (Visitor), un peu lourd et binaire,
The butterfly man (Immortal), presqu’un court métrage de cinéma,
Enemy without (Visitor), pour permettre à tout le monde de reprendre en choeur
“no, don’t let the child die here ...”

Pas mal de grands moments dans tout cela, isn’t it ?
Moi j’ai pas vu passer le temps. Notons que les interventions au micro, les
relativement rares contacts avec le public sont assurés par un Clive Nolan
pourtant très à l’aise dans l’exercice. Lors d’une de ses pitreries, il
se fit d’ailleurs remonter hors micro (mais gentiment) par Sowden :
« ils vont finir par ne plus nous prendre au sérieux ... ». Ce à
quoi Clive a répondu (au micro) : « Mesdames et Messieurs, je
voudrais vous faire savoir que Mister Sowden désire être pris au sérieux,
merci d’en prendre bonne note !! »
hihihi.
Fin du set après, hé oui déjà, plus de 90 minutes de
musique.

De retour assez vite pour remonter dans le temps. Avec
« Solomon » en entier, y compris les longs soli du milieu. Version heavy, super-rock. Ca
chauffe au rouge !
A peine le temps d’un faux petit salut pour revenir sur scène,
pratiquer une petite distribution du désormais célèbre JD-coca « à la
Clive » (je l’ai goûté, pas facile de trouver le coca !) et de
jouer le splendide « Jericho », où chacun dans le public peut à
nouveau donner libre cours à ses hurlements, ainsi d’ailleurs que pour le
« Crying for help 7 », qui n’a plus rien à voir avec la version
d’origine. Ian Salmon comprend notre déshydratation, et dès qu’il en a
l’opportunité, nous file l’une ou l’autre grande bouteille d’eau. Dans
ces moments-là, même l’eau fait du bien ; si, si.

C’est maintenant que Francis annonce la surprise du chef !
Ce fameux concert secret du 28 avril n’est désormais plus un secret
... ce sera Arena once again !!
Là-dessus, ils remontent de la cave pour nous en remettre
une couche, mais notre camarade chanteur se fait attendre. Ian apprend à Clive
que Rob semble s’être vraiment fait mal à la tête backstage. « Nous
sommes au regret de vous annoncer que Mister Sowden a fait une rencontre
malencontreuse avec une poutre .... », annonce-t-il au micro. « Well,
nous allons discuter un peu en attendant que la blessure se soigne ... euh ...
any questions ??? » rires dans la salle .... n’empêche, il semble
s’être vraiment fait mal, le grand ! le voici qui remonte enfin quand
Clive annonce un tout dernier morceau non répété (Fridays dream) et à moitié
dans les vappes, il s’embrouille un peu dans les paroles avant que tout ne
rentre dans l’ordre.

Cette fois c’est bien terminé, et c’était fichtrement
bon. Je m’en va rejoindre le bar où je retrouve bien évidemment quelques-uns
de mes bons camarades, qui manifestement avaient davantage que moi apaisé leur
soif. Bien installés au frais près du vestiaire, nous aurons encore la chance
de voir arriver un Nick Barrett, en pleine forme, qui viendra tout simplement
nous saluer et discuter une bonne demi-heure entre Gilles et moi, à parler de
lui, de Pendragon, du prog et de la musique en général. Et je n’en veux même
pas aux deux personnes qui sont venu grossièrement nous interrompre :
Francis Geron tout souriant de la bonne soirée, et Clive Nolan, faisant
semblant de ne pas reconnaître Barrett. Ambiance chaleureuse et bon enfant,
quoi, comme (presque) toujours. Je le savais déjà, mais Nick Barrett est
vraiment un chic type. Un jour, j’essayerai de rédiger tout ce qu’il nous a
raconté, c’est promis.

En attendant, il est l’heure de rentrer et d’aller se
coucher. Demain on bosse. Et avec l’heure d’ été qui vient de passer, ça
va encore cafeter sec pour tenir les paupières entrouvertes ..... bah, à dans
un mois les gars !


