Compte-rendu de la journée du 15 juin 2002.
Je vais m’en tenir à la journée d’aujourd’hui, sinon j’en aurais pour 20 pages ! Passons donc sur tout ce qui a précédé : mise en place de la date et des groupes à inviter, tracasseries financières et autres, et les 1000 petits problèmes à régler qui font que cette journée sera soit une réussite, soit un fiasco. Heureusement pour le moral, une chose est déjà certaine : le public va répondre présent puisque, chose rarissime, nous avons pu annoncer le sold-out voici quelques jours, non sans une certaine fierté contenue ….
La journée d’un organisateur de " festival " (osons le mot, même s’il est un peu surfait ici) commence tôt, en tout cas pour certains d’entre nous. Jean-Marc, par exemple ; dont le rôle était de véhiculer le groupe TRYO et tout son barda depuis Cambrai (ils logeaient chez Manu, batteur de Xang, le monde du Prog est petit …) jusqu’au Spirit. Une halte-café fut pourtant indispensable à Namur, chez moi, histoire de débarquer le violoncelle qui commençait à broyer les jambes des passagers arrières … Jean-Marc a bien un break, mais quand même ! Cela m’a valu le plaisir de voir 3 musiciens professionnels chiliens installés dans mon jardin … c’est pas tous les jours quand même !
Gilles aussi est arrivé tôt à Verviers, histoire d’aider ses amis Georges et Jean-Louis (de Shop 33) à installer le stand-CD à l’étage du Spirit, et de disposer le lecteur DVD tout frais sorti du magasin qui servira ce soir pour les projections entre les concerts.
Le rôle de chacun est bien défini : le mien sera de " nourrir " les groupes. On dit que " ventre affamé n’a pas d’oreille ", mais il est vrai aussi que " ventre creux refuse de jouer du prog " ! Je considère donc ma mission comme fondamentale ;-) , et je m’y ferai aider par ma fifille Alice, qui s’est gentiment proposée. Voilà qui ne se refuse pas ! de plus, je préfère qu’elle se plonge à 12 ans dans l’atmosphère chaleureuse et progo-amicale du Spirit que dans l’univers froid et impersonnel des play-stations ou autres insipides et commerciales émissions de télévision … mais c’est une autre affaire, et chacun fait comme il peut !
Mostly Autumn est sur scène quand je débarque dans le Spirit, en plein soundcheck. Et j’entends déjà Heather murmurer un suave " it sounds really fantastic, Francis … " qui en dit long sur le plaisir qu’ils ont d’être ici. Parce qu’ils ne s’en cachent pas, le Spirit est vraiment L’ endroit où il voulaient revenir. Bryan Josh m’accueille chaleureusement, ce qui fait plaisir, et Francis parfaitement décontracté, chemise complètement ouverte et débraillée, ose me demander " c’est une tenue, ça ? ", en se tapotant la bedaine. Hum oui, c’est " une " tenue, fis-je … est-ce la présence de ma fille, toujours est-il qu’il referma un bouton … ;-)))
Mon copain Christophe Pons (de Cannonball) apporte une superbe guitare acoustique à prêter pour le guitariste de Tryo, qui s’en déclare enchanté. J’avais dû pour cela aller le rechercher au snack du coin où il terminait son dîner.
A l’étage, les stands s’installent. Il y a de quoi faire le bonheur de tous les progueux du monde avec tout cet étalage de CD et DVD. Il faut renforcer l’éclairage avec quelques lampes baladeuses ou torches (pour lesquelles sont nécessaire des piles AA, et non des Pils NA, comme l’a cru Fred). Les préposés s’acquittent de leurs missions, et je fais de même avec Alice en allant préparer la table au 3ème étage … on va se faire des mollets aujourd’hui !
On est dans les temps, et comme il fait beau temps, Gilles et moi prenons le temps de sortir prendre un verre sur ensoleillée terrasse voisine, histoire de préparer un peu les quelques élucubrations que nous aurons à dire ce soir pour présenter et remercier qui de droit. Bien nous en prit ! car la jeune et jolie personne, seulement vêtue d’un short taille bébé ,d’un top bien serrant et d’une casquette assortie, en train de faire un jogging dans les rues de Verviers, n’est autre qu’ Heather Findlay elle-même !! Qui de plus nous fait la grâce (le mot n’est pas trop fort) de nous reconnaître et de nous saluer d’un sourire qui n’appartient qu’à elle …
Quant aux autres, de Mostly Autumn, je vous le donne en mille … ils sont attablés dans le petit bistrot espagnol voisin, les yeux rivés sur la télévision pour ne pas rater une minute de Danemark-Angleterre, match de 1/8ème de finale de la coupe du monde de foot. Et comme l’Angleterre gagne largement 3-0, c’est de bonne augure pour le concert de ce soir.

Bref tout va bien. Ah non, premier couac de la journée : Francis tire la tronche. Le manager de Tryo ne fait rien qu’à l’énerver, parce qu’il veut faire le son lui-même. Or, quand il y a 3 groupes qui se suivent, s’il y a bien une chose qui énerve Francis, c’est qu’on touche à sa console. Enfin, bon, après avoir très explicitement expliqué au gars qu’il n’avait pas intérêt à toucher aux autres boutons que ceux lui désignés, il laisse l’outil au Chilien … mais on peut râler quand même, non ? ;-)
Le soundcheck de Tryo se prolonge un peu au-delà du temps prévu, ce qui n’a certes pas pour effet de calmer Alain Delsaux, guitariste de The Silk. Guitare électrique déjà en bandoulière, il se trémousse en grattant ses cordes pratiquement sur le trottoir. Vous êtes sans doute Ion Anderson et Steve Howe, nous dit-il à Gilles et moi en nous voyant arriver … exact, comment l’as-tu deviné ? et pour l’aider à le déstresser un peu, je vais lui rappeler quelques bons souvenirs de Victor-Poussin-Bricoleur, que seuls les Namurois peuvent connaître et apprécier. En tout cas, il m’a l’air remonté, l’ Alain. La chanteuse (Jo Douchamps) me semble plus calme, mais ça doit être son naturel, elle qui a écourté ses vacances pour pouvoir être des nôtres aujourd’hui. Moi je le sais, j’ai déjà vu The Silk à l’œuvre, mais les autres pas ; et je sais qu’ils ne vont pas comprendre comment un petit bout de femme, aussi douce et apparemment fragile, peut se transformer derrière le micro en véritable bête de scène … vont être étonnés, j’vous’l’dis !
L’heure fatidique approche, et tout est en ordre. Music-Room et Shop 33 sont installés, Denis-le-boss-Petit est prêt derrière son stand Prog-résiste, Prog-Nose est là aussi, le DVD est en ordre de marche, la guest-liste est dans les mains de Madame Geron, Alain Quaniers a noué son effrayant bandeau de pirate, on peut ouvrir les portes, il est 16H00. Vous ne le savez peut-être pas mais au Spirit, l’heure, c’est l’heure !
Et oui, il y a déjà du monde, et pas mal de monde. Dont mes amis du Boulonnais, toujours présents aux grandes occasions ; c’est pourtant pas la porte à côté, Boulogne-sur-mer ; dire qu’il y en a qui se plaignent de devoir venir de Liège … Plein de monde rentre, et pourtant la salle reste pratiquement vide ; ou sont-ils tous ? A l’étage, bien entendu, où l’ami George est déjà en train de nager sa 8ème longueur à la brasse, dépassé par l’affluence des demandes. Heureusement qu’il y a les copains de Prog-résiste, hein George ? Et du côté de chez Phil, ça ne chôme pas non plus. Pour une fois qu’on peut " faire son marché " au milieu de centaines d’albums de prog, visiblement, les gens ne s’en privent pas !
18H00 arrivent sans crier gare, et il nous faut présenter
The Silk, qui piaffent d’impatience. La salle est déjà copieusement remplie, ce qui nous rassure : le public ne viendra pas " que " pour Mostly Autumn. Premier morceau, et première baffe pour ceux qui ne connaissaient pas. Mais qui c’est celle-là ? et puis les musicos, ils assurent aussi. Mais c’est surtout Jo qui attire les regards et les tympans. Oui, oui, oui, c’est vrai qu’il y a du Patti Smith et du Nina Hagen chez elle.. Doit-on en dire plus, cela n’est-il pas déjà suffisamment évocateur ?
Troisième morceau ; voilà-t-y pas que le Dr Prog se met à frissonner à ma droite, pour un groupe où il n’y a ni flûte ni claviers ? ça, faut le faire, et je m’y connais ! ;-)
Même George, au cours de ce passage funko-bluesy où Alain fait merveille à la guitare, me glisse à l’oreille : " p’tain, c’est vrai que ça manque, des passages pareils dans le prog " (n’oubliez pas de prononcer ceci avec un violent accent du Sud-Ouest) ;-)

Bref, la toute grosse majorité du public déjà présent est sous le charme, et même ceux dont ce style n’est pas la tasse de thé doivent reconnaître la personnalité du groupe, et son intérêt au milieu d’une scène prog-rock parfois en recherche de renouvellement. Jo, tu as impressionné du monde, je peux te le dire. Elle me dit s’étonner qu’un jour, un journaliste lui ait demandé si elle n’en faisait pas " un peu trop " … Moi je ne m’étonne pas de la question, mais je sais que quand ça vient naturellement, on n’en fait jamais trop. Comme disait Gilles, The Silk ne fait pas dans la dentelle, mais longue route à la soie !

Juste à la fin du concert, le bassiste Jacques Duchateau, photographe professionnel de son état, est parvenu probablement involontairement à toucher Francis en plein cœur, à lui transpercer cette carapace qu’il n’a certes pas aussi épaisse qu’il veut bien monter ; il lui a simplement offert une photo encadrée, une photo prise par lui, une belle photo sur scène de son ami Pierrot, de Rapsat. Emotion.

Une heure de break avec la projection du dernier DVD de YES, " Gates of Delirium " en live avec grand orchestre … miam miam … Et à propos de miam miam, le moment de mon " boulot " est arrivé. Servir le souper à Tryo, qui viennent de sortir de la sieste, tirés du lit par Jean-Marc, et à The Silk, heureux comme des princes du grand moment qu’ils viennent de passer sur la scène du Spirit, goûtant la plénitude de l’artiste qui vient de réussir la communion avec un nouveau public. Leur joie fait plaisir à voir. Je crois que ce genre de moments justifie par mal de vicissitudes dans l’existence ; enfin faudrait leur demander, mais je le crois. Quoiqu’il en soit, tout le monde apprécie fortement la célébrissime cuisine chinoise du Spirit of 66, et ils arrivent presque à terminer ces extraordinaires portions dont je n’ai jamais vu que Francis arriver au bout. ;-)

J’ai juste le temps de servir également Mostly Autumn, avant que ne débute à 20H00 précises le gig de Tryo.

Tryo. Guitare acoustique à ma gauche, violoncelle à ma droite, et percussions dans le fond. C’est parti pour quelques morceaux intimistes, d’un classicisme feutré, d’une touchante intériorité. Evidemment, ça ne bastonne pas dans les décibels, et avec tous ces soiffards qui berdellent dans le fond, il faut que je me rapproche de la scène pour profiter de toute l ‘émotion dégagée par si peu d’instruments, et me retrouver au milieu d’un public ébahi par tant de classe.

Puis changement de programme : électric remplace acoustic, grossebasse remplace cello, et boum-tchac écarte ting-ting. Le concert change de style, de son et de tempo. Nous voilà partis pour un trip que je qualifierais de très " fusion ",touches de jazz-rock et autres rythmes complexes. Je vois changer la tête de certains dans le public, les uns hyper positifs, d’autres moins, c’est normal il en faut pour tout le monde. Chacun en tout cas savoure une découverte d’un très, mais alors très très haut niveau technique. Ces messieurs donnent une véritable leçon de virtuosité à tout le monde ; ils sont tous professeurs de musique au Chili, paraît-il … maintenant je veux bien le croire, sans aucun doute.

Plus on avance, plus le concert s’intensifie, avec des passages presque jazz-metal, si tant est que ce genre existe …. ! Chose inattendue, le public y va si fort que Tryo accorde un rappel non prévu. " Vont pas nous mettre en retard, ces zouaves !?! " entend-je marmonner dans le fond, sourire dans le coin.

Je me précipite en coulisses pour constater comment nos sud-américains ont apprécié le moment. Sans dire vraiment un mot, si ce n’est l’un ou l’autre thanxyou accentué à l’espagnole, ils me serrent à tour de rôle dans leurs bras aussi fort qu’ils peuvent. Mmpffff. Détail : ils faisait très chaud dans le Spirit et ils avaient physiquement beaucoup donné … je suis maintenant tout mouillé. ;-) Enfin, c’est dans ces moments-là que "transpire" l’amitié entre les peuples et les continents …
22H30, l’heure de l’apothéose. Mais il nous faut d’abord avec Gilles pratiquer aux remerciements, qui sont peut-être souvent simplement d’usage mais qui viennent ici de plus profond. Merci aux « échoppes » de CD, avec George et Jean-Jouis venus tout exprès de Bordeaux, avec Philou (quel charme !), merci aux groupes, et surtout merci à Francis Geron et son Spirit of 66, sans qui il faut le rappeler, rien de tout ceci ne serait possible. On commence à le connaître, notre Francis, et à savoir ce qui lui fait plaisir … un sac de victuailles, transportés de main en main par le public depuis la scène jusqu’à la console ; sac rempli de choses aussi délicates que diététiques, telles que Foie gras du Périgord, Confits de canard du Sud-Ouest ….


« Mesdames
et Messieurs, je vous demande de réserver un
triomphe à Mostly Autumn !! »
Nos amis du York sont concentrés et heureux d’être là, c’est parfaitement
lisible sur leurs visages.
Quelques bons morceaux bien rock pour débuter, quoi de mieux pour lancer la salle, qui n’en demandait d’ailleurs pas tant pour être immédiatement conquise. Heather fait véritablement l’unanimité, son charme et sa beauté mettent tout le monde d’accord, tant émane d’elle une sorte de nuage tendrement sexy, comme un envoûtement charnellement délicat qu’elle parvient à ne jamais rendre provocant. Il est certes vrai que son charme n’a d’innocent que dans l’air qu’il se donne, mais elle a cette capacité à maîtriser sa présence scénique pour ne jamais tomber du côté vulgaire de ce que le charme féminin peut apporter à un concert de prog. La classe, quoi.

Bryan Josh, véritable leader historique du groupe et principal compositeur, toujours les yeux mi-clos voire fermés lorsqu’il part en solo, occupe de plus en plus une position décentrée sur la gauche de la scène. Il a dû comprendre la puissance communicative de ses deux copines, et bien intégrer que c’est en s ‘appuyant sur elles qu’il pourra porter plus loin encore sa musique. C’est pour moi une grande preuve d’intelligence, et c’est en outre une qualité rare dans le milieu artistique que de pouvoir se mettre personnellement en retrait pour le bien de sa musique !

Amusant,
quand dans le dernier couplet de « Spirit of Autumn Past 2 », il
remplace les derniers mots par « … Spirit
of Sixty-six … ».
Puis vient le moment de la gigue ! Flûtes et rythmes de kermesse celtique ! Le public danse et chante sa joie … c’est presque dommage que cela vienne si tôt dans le concert ; j’imagine cela en rappel, nous aurions été capables de faire une ronde jusque dehors !! ;-)

S’ensuit une excellente surprise, à laquelle nous n’avions pas eu droit lors du festival d’ Orthez : une suite de 4 morceaux tirés du plus récent « Music inspired by the Lord of the Ring ». Déjà puissant sur disque, un passage comme « Forge of Sauron » donne ici toute sa valeur évocatrice des forces du mal, des feux de l’ enfer.

Nouvelle suite beaucoup plus folk-rock-prog, avec notamment d’anciens morceaux comme « Nowhere to hide » ou plus récents comme « Never the rainbow ». Sur scène, ça cartonne, ces machins-là. Mon ami Alain, que les goûts crimsono-fusio-lugubresques n’amènent que rarement dans les contrées mélodiquement féminines et cependant rocko-boumboum telles que celles-ci, me faisait pourtant une judicieuse remarque : « Les morceaux sont 20x plus puissants ici que sur disque, quelle dommage qu’ils ne sortent pas un live dans une ambiance pareille … ». Ouaip. Y a bien un live, même en DVD, mais question ambiance … à côté du public déchaîné du Spirit, celui du DVD ressemble à une association de Dames patronesses à l’heure du thé, petit doigt levé.

Ai-je bien compris que Bryan nous dit que c’est le dernier ?? coup d’œil au chronomètre … ouchh c’est terrible ce que ces aiguilles peuvent parfois accélérer, il est déjà minuit passé ! Oui mais cette dernière c’est « Heroes never dies », longue, splendide et mélancolique pièce du premier album, et qui touche chaque fois Gilles en plein cœur … Quel papa n’aimerait pas voir écrire un truc pareil par son fils ???
Les rappels se passent comme le reste, trop vite, mais bons, super bons. Comment en vouloir à Mostly Autumn d’en rester là, ils ont beaucoup donné, et tout le monde est finalement très fatigué. Fatigués ?? pas tant que ça, tout Mostly remonte dans la salle du Spirit, souriant et gentiment disposé à signer tout ce qu’on leur présente, ou à poser pour une photo avec des fans fiers et enchantés du souvenir.

Je vois sur les visages un sentiment général de satisfaction, pour ne pas dire plus, et certains n’hésitent pas à déjà nous faire part de leur opinion sur cette journée … je ne me souviens plus des superlatifs utilisés, mais je garde en mémoire le fait que beaucoup comptent fermement sur nous … pour l’année prochaine !!
Temps pour nous de s’asseoir, ouf, et de manger, enfin, et de boire un coup, encore. La fatigue n’est pas si désagréable, quand elle se mélange au goût du travail accompli, et s’assaisonne au plaisir de l’amitié …
Piero.
winter
mountain
darkness before the dawn
spirit of autumn past II
evergreen
which wood ?
forge of sauron
greenwood the great
out of the inn
the return of the king
shindig
nowhere to hide
shrinking violet
never the rainbow
heroes never die
-
the night sky
half the mountain
-
mother nature
Quelques
merveilleux clichés de Serge Llorente,
pris à Orthez le 19 mai 2002.
perso.wanadoo.fr/progpix




