Compte-rendu du concert du 10 juin 2003.
écrit
par Jean-Marc Roussel.
(si qqun a des photos, je suis preneur !)

Trois jours seulement après leur prestation à Orthez qui nous avait déjà époustouflée malgré des conditions sonores perfectibles, il me FALLAIT revoir Anekdoten au Spirit, là où je pouvais avoir la certitude que le mixage mettrait en valeur cette musique à la fois complexe et terriblement émouvante. Et puis, vous me connaissez : le prog scandinave et moi, c'est une longue histoire d'amour, aussi n'allais-je pas lui faire des infidélités, à cette belle enjôleuse qui me procure tant de plaisir et de larmes de bonheur.
J'arrive donc avec Denis peu après 20h et je salue mes collègues de Prog-résiste. Assis à une table, le groupe s'affaire à la vente de ses CD et LP. Je m'approche pour les saluer et ils m'accueillent avec un large sourire, reconnaissant sans doute l'un des excités qui avait mis le feu au public d'Orthez. Pas facile de discuter avec ces nordiques ; ils ne trahissent en tout cas pas leur réputation de froide distance, surtout le guitariste Nicklas Berg, probablement un grand timide. J'arrive cependant à savoir qu'ils sont remontés des Pyrénées tranquille par la côte, avec un arrêt à La Rochelle.
Francis quant à lui me parle du sound check, m'expliquant qu'il s'était appliqué à leur faire le son nickel dont il a le secret, mais que le groupe le voulait plus "garage". De plus, chose étonnante, chacun d'eux voulait entendre tous les instruments dans les retours, et pas uniquement le leur, signe pour Francis que le groupe ne doit pas jouer souvent en concert (ce que je peux confirmer) et qu'il doit sans doute répéter dans une petit local, habitué à un brouhaha musical. Heureusement, cela n'entame en rien la confiance que j'ai en cette soirée.
Après avoir enfin salué Christian Aupetit et 3 de ses amis, venus expressément de Paris pour l'occasion, il est grand temps de m'approcher de la scène. Le regard est directement attiré par le Mellotron blanc trônant majestueusement sur le côté droit de la scène. Si celle du Spirit a déjà eu les honneurs des gros Moog et autres orgues Hammond, c'est la première fois à ma connaissance qu'elle accueille ainsi un Mellotron M400 d'époque, l'instrument mythique de tout amateur de progressif. Les connaisseurs ne s'y trompent pas car c'est au retour de droite, soit juste devant l'engin, qu'ils sont tous accrochés. Je dois donc me contenter de celui de gauche, juste en face de Nicklas Berg (crédité comme étant Nicklas Barker sur le dernier CD - faudra qu'on m'explique ça), alors que le bassite Jan Erik Liljeström occupe - une fois n'est pas coutume - une position plus centrale.
Il faut presque aller les chercher backstage pour qu'ils montent enfin sur scène, chacun prenant enfin place sans mot dire, excepté un timide "merci". Le Mellotron résonne sur un arpège de guitare, c'est Monolith, issu du dernier album, qui ouvre le feu. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que, malgré les desiderata du groupe, le son est bien plus propre qu'à Orthez, puisque chaque instrument peut-être entendu très distinctement, avec en prime un Mellotron mixé bien plus en avant que sur disque. Sur scène, les musiciens sont comme à l'accoutumée, c'est-à-dire très - même peut-être trop - discrets. Tout cela est fort statique, chacun semblant concentré sur son ouvrage. Seul Jan Erik et Anna Sofi jettent occasionnellement un regard perçant vers Nicklas, mais on ne peut pas dire qu'il y ait grande communication entre eux. Ni même avec le public d'ailleurs. Seul Jan Erik intervient pour introduire très brièvement chaque morceau, de manière très timide et réservée, mais pour le reste, à part des "merci beaucoup" ça et là, rien. Pour ceux de l'assistance qui aiment les contacts chaleureux avec les groupes, Anekdoten est certainement une grande déception sur ce point précis.
Pourtant, la magie opère car elle est uniquement orchestrée par la musique elle-même, à la fois mélancolique et tendue, froide et terriblement émouvante, Anekdoten représentant l'archétype du progressif à la sauce suédoise, celui où les émotions véhiculées par la musique priment sur le show visuel. Finalement, c'est ce que recherche le mélomane averti, celui qui écoute ses CD seuls, religieusement assis dans son fauteuil, le casque sur les oreilles dans une lumière tamisée. Anekdoten, c'est avant tout une ambiance, un esprit. Le spectateur sait qu'il va vivre un grand moment de musique pure. Et comme elle requiert 100 % de concentration auditive pour être pleinement appréciée, elle n'a nul besoin d'artifice visuel qui pourrait distraire l'auditeur. Le public communie avec la musique du groupe, pas avec le groupe lui-même. Comprendre cela, c'est comprendre l'esprit du progressif suédois.
Les morceaux, principalement puisés dans From Within et le nouvel album Gravity, s'enchaînent ainsi sans discontinuer, avec de longs moments entre chaque titre permettant à Nicklas et Jan Erik de se réaccorder. Un seul titre sera tiré de Nucleus ("Book of Hours"), alors que Vemod aura les honneurs du rappel avec une version totalement méconnaissable de "Karelia" suivi du très dissonant "The Old Man & The Sea". Mais le public enthousiaste ne se laisse pas décourager, et à force de hurlements, cris, sifflets et moult "Ekwé", le groupe remonte une dernière fois sur scène pour une reprise de "Easy Money" de King Crimson", titre non répété qu'ils n'avaient plus fait depuis leur concert parisien de 1999.
C'en est définitivement fini cette fois, malgré les hurlements de quelques déchaînés dont je fus. Le temps de fondre sur le bar pour un rafraîchissement mérité et le groupe est déjà dans la salle, arborant - Ö surprise - un large sourire de satisfaction. Le son était excellent et le public extrêmement enthousiaste, rien de tel pour dérider le plus froid des suédois. Une petite discussion avec chacun d'eux me confirme qu'ils ont adoré ce concert, et Anna Sofi m'a même confié qu'ils tourneraient à nouveau en Octobre, avec espèrent-ils, un nouveau passage sur les planches du Spirit. Rien n'est encore fait, mais nous en tout cas, nous sommes preneurs !
Jean-Marc Roussel.
Set-list
Monolith
From Within
Slow Fire
Groundabout
Ricochet
SW4
Kiss of Life
Hole
Harvest
What Should But Did Not Die
Book of Hours
Gravity
Rappel
Karelia
(totalement réarrangé, méconnaissable)
The Old Man and the Sea
Seljak